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Commentaire de Bernard Grua

sur La « grande culture russe » : un récit culturel aux usages politiques contemporains


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Bernard Grua Bernard Grua 10 février 12:39

1/4. LA CULTURE, ET NON LE POUVOIR, AU CŒUR DU DÉBAT

Ce qui provoque aujourd’hui les réactions les plus vives n’est ni la critique de Vladimir Poutine, ni même la dénonciation de la guerre en Ukraine. C’est l’énoncé selon lequel la « grande culture russe », telle qu’elle s’est historiquement constituée et pensée, peut être une matrice de suprémacisme impérial, et donc un facteur actif dans le déclenchement de la guerre actuelle.

Ce point est rarement discuté sur le fond. Il est presque immédiatement recouvert par des déplacements rhétoriques bien identifiés : comparaisons avec les crimes occidentaux, dénonciation de l’OTAN, rappels du colonialisme européen ou américain, ou encore références générales au « deux poids deux mesures ». Ce réflexe, observé ici, relève du whataboutisme le plus classique. Il ne vise pas à comprendre, mais à neutraliser une question jugée dangereuse, parce qu’elle touche à la culture elle-même, et non plus seulement au pouvoir politique.

À cela s’ajoutent des propos de comptoir, souvent péremptoires, recyclant des narratifs simplifiés et des fantasmes sociétaux. Ils donnent l’illusion d’un savoir critique, alors qu’ils fonctionnent surtout comme un écran : un moyen de ne pas regarder ce qui dérange, de ne pas interroger ce qui est intériorisé depuis longtemps.


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