@Eric F
Merci pour votre remarque. Pour préciser, l’expression « grande culture russe » n’est pas une invention de ma part. Une recherche Google en mode incognito — donc neutre — montre qu’elle apparaît dans de très nombreux textes.
Dans mon article, je cite plusieurs personnes qui utilisent ce concept pour analyser la culture russe :
Anna Colin Lebedev : « Le regard russe est celui d’un centre sur sa périphérie ; celui d’une puissance dominante sur ceux qu’elle a longtemps dominés. C’est un récit qui se donne le droit de définir la grande culture et les cultures périphériques, la langue de la civilisation et les langues subalternes, les événements majeurs et les histoires locales, les grands hommes et les grands traîtres. »
Svetlana Alexievitch : « Je me suis rendu compte que la guerre nous habitait. Que c’était notre culture. Les gens parlent de la grande culture de la Russie, mais l’élément principal de cette “grande culture russe”, c’est la guerre. »
Vladimir Poutine : « Le rôle clé et unificateur dans la conscience historique du peuple russe multinational appartient à la langue russe, c’est-à-dire à la grande culture russe. »
Anna Colin Lebedev : « Il est surprenant qu’on entende encore parler candidement de la “grande culture russe” pour déplorer son effacement en Ukraine, alors même qu’on n’oserait plus évoquer la “grande culture française” et critiquer sa faible présence dans les manuels scolaires des anciennes colonies de la France. »
Ainsi, parler de « grande culture russe » n’est pas de l’emphase gratuite, mais un usage analytique pour comprendre comment un imaginaire culturel structurant peut influencer le rapport au monde et, dans le contexte actuel, participer à rendre la guerre pensable.