@Francis
Elles se chevauchent, oui, mais il ne peut y avoir de transmission entre elles si le propre de la langue humaine est — comme le pensait Chomsky — le pouvoir récursif : pouvoir dire l’homme qui a vu l’homme, qui a vu l’homme, qui a vu l’ours.
Aujourd’hui on sait que le propre de la langue humaine c’est la diglossie, c’est-à-dire l’existence de plusieurs niveaux de langages au sein d’une langue. Et ce, même chez les peuples et tribus qui n’ont pas d’écriture.
Le savoir imprègne naturellement les plus jeunes, oulà, ça dépend de quel savoir. Le savoir dont ils peuvent eux-même faire l’expérience, oui. Ils le représentent dans leur langue de travail, leur langue d’arcane de la vie de tous les jours.
Mais quand il s’agit d’un savoir issu d’une génération antérieure et qu’il met en scène une réalité qui n’existe plus, alors là la nature ne peut plus rien pour eux, il faut passer à la culture, d’autant que les gens de la génération d’avant n’ont plus les mêmes préoccupations et du coup leur langue de l’arcane n’est pas la même, il y aura incompréhension s’ils les confrontent.
La seule solution est d’utiliser une langue de culture, autrement dit la langue de l’archive. Ça va être la langue sacrée dans les tribus, la langue savante à l’école de la République. Natacha Polony mentionne avec pertinence François Rabelais qui est l’auteur par excellence qui avait beaucoup à transmettre.
La légende raconte qu’il avait accumulé tout le savoir de son temps, mais il s’adressait à des gens dont la plupart n’avaient pas fait d’études supérieures, c’est déjà bien s’ils savaient lire.
D’où la nécessité pour transmettre de manier plusieurs niveaux de langue, et l’exemple du « torche-cul » évoqué par Polony dans son livre.