@Jean Keim
Pour avoir travaillé pendant quelques décennies dans les sciences cognitives, il est pour moi évident que chaque être humain réfléchi selon un système de connaissance qui lui est propre ; cela va à l’encontre total d’un universalisme qui a, durant des siècles, rejeté le système de pensée unitaire de chaque être humain qui reposait principalement sur le relativisme.
Nous nous heurtons souvent aux mêmes phénomènes. Pouvons-nous construire nos raisonnement en dehors de nos connaissances acquises, acquises par le savoir et par l’expérience ? En fait il faut faire un effort pour sortir des ornières de nos propres acquis, cela ne pouvant généralement se faire que dans la confrontation des connaissances avec d’autres personnes ayant vécu dans des environnements différents, ayant vécu des expériences différentes. J’ai toujours pensé que la richesse de l’humanité résidait dans sa diversité quand nos sociétés nous forgent au contraire à nous appuyer sur une forme d’homogénéité.
Par exemple quand j’ai travaillé sur les phénomènes perceptifs, nos sciences humaines (anthropologie et sociologie) ont posé les bases de différentiation des perceptions. Une même scène rencontrée par plusieurs personnes donnera autant d’interprétation de cette scène qu’il y a de spectateur avec des nuances plus ou moins subtiles. Mais notre théorie économique a relégué ces sciences de l’homme en dehors de notre champs de pensée, s’octroyant le rôle dominant du comportement humain (homo economicus) qui, comme l’ont démontré les neuroscientifiques est une vision simpliste de l’être humain, un humain avec des capacités exclusivement reptiliennes.
Il faut, pour pouvoir évoluer au-delà de sa pensée, deux éléments primordiaux : l’ouverture d’esprit qui n’est plus depuis longtemps un élément déterminant dans les sociétés occidentales, et la capacité au dialogue et surtout à l’écoute des autres. Construire un raisonnement qui tienne compte de l’expérience d’autrui est assez rare chez nous en occident puisque souvent nous détenons dans un sens une forme de vérité absolue, ce qui bien sûr est une utopie, il n’existe aucune vérité absolue perçue, seule une situation est un fait, toute perception est soumise à des biais.