Bonjour Rosemar,
D’abord la terminologie : l’IA est une terme générique de recherche qui cherche à déterminer comment il est possible de construire une machine capable d’atteindre l’intelligence humaine.
Après 10 ans de travail dans l’IA, les conclusions de mon centre de recherche étaient sans appel. Mise à part Richard Montague qui a cherché à créer un lien entre des mathématiques extensionnelles (celles que nous utilisons couramment) et les mathématiques extensionnelles (celles qui donnent accès à la logique humaine qui n’a rien de formel), il n’existe aucun fondement mathématique (seul langage compris par une machine) permettant de construire un véritable système intelligent. L’intelligence étant vu comme une construction de schémas mentaux issus de l’éducation (méta-connaissance) et de l’expérience. Globalement une véritable machine intelligente serait totalement autonome dans ce qu’elle pense et ce qu’elle fait. C’est cela le rêve de l’IA.
Aujourd’hui ont nous parle d’IA générative, mais c’est plus un slogan commercial qu’une véritable intelligence.
L’IA d’aujourd’hui n’est rien d’autre qu’un système d’exploitation de corpus de textes énormes fournis sur internet ou une base de données qui pourrait être interconnectée. Faire de la recherche d’information n’est en rien intelligence. La seule nuance existante aujourd’hui par rapport aux recherches classiques est que les anciens systèmes s’arrêtaient dès que la première occurrence respectant la condition est trouvée. Les nouveaux systèmes scruteront l’ensemble du corpus pour fournir toutes les réponses trouvées correspondantes à la condition. Cette technique, appelé Clause de Horn, utilisé dans les langages Prolog (1972) et Lisp (1958) donc ce n’est pas nouveau.
La fiabilité du résultat reste très médiocre, indépendamment même du nombre de désinformations existantes sur le Web (environ 80% de l’information peut être considéré comme de la désinformation) il lui est impossible de déterminer quelles sont les sources fiables des sources non fiables. Pire certaines sources comme Wikipédia peuvent être fiables, d’autres non fiables ou incomplètes, tout dépend du groupe de rédacteur qui constitue chaque rubrique.
J’ai eu parfois des discussions avec les filles de ma seconde femme dont une qui utilise sans cesse ChatGPT. Lorsque nous avons parlé par exemple de la monogamie j’ai osé lui dire que l’influence de l’église chrétienne était à la base de la monogamie appliquée aujourd’hui. Elle m’a rétorqué que ChatGPT (son Dieu) affirmait que la monogamie remontait à la période romaine.
Ne me démontant pas j’ai donc répondu que je ne laisse jamais une machine répondre sur un sujet aussi complexe que la monogamie, les amalgames entre les influences juridiques, religieuses et sociales sont bien trop complexes pour des outils aussi peu enclins au raisonnement différentié.
Si la monogamie était la règle dans la Rome antique, cela n’a strictement rien à voir avec la monogamie appliquée aujourd’hui dans l’Europe Occidentale. Si un romain ne pouvait avoir qu’une seule épouse légale les relations extra conjugales étaient très courantes et socialement acceptées. Le seul lien qui existe avec la monogamie d’aujourd’hui est la structure juridique.
L’influence centrale de la monogamie est celle de la religion chrétienne, il reste le facteur le plus déterminant. Le christianisme primitif a promu la monogamie comme un idéal moral et spirituel, basé sur des textes bibliques (Genèse, Évangiles). L’Église a progressivement imposé la monogamie stricte, interdisant le divorce, la polygamie (pratiquée dans l’Ancien Testament) et le concubinage. Cela s’est fait à travers les conciles et le droit canonique (par exemple le Concile de Trente au 16e siècle). L’objectif était de contrôler la sexualité, de sanctifier le mariage comme un sacrement indissoluble et de réguler les alliances entre familles nobles. En bref c’est un outil politique qui prend toute sa dimension sociale.
Il y a eu d’autres influences dont une inhérente à la Grèce et Rome antique : la monogamie permet de clarifier la transmission des héritages et des titres de noblesse. C’est au 19ème siècle que la monogamie prend un sens social en imposant une valeur de respectabilité dans la bourgeoisie en plein essor, toujours sous l’influence religieuse.
La monogamie est aujourd’hui loin des préceptes religieux et est contesté par d’autres formes d’approche.
En résumé, la monogamie occidentale est une construction historique où la religion chrétienne a joué le rôle central, renforcée par des nécessités économiques de transmission patrimoniale, avant de devenir une norme sociale sécularisée.
Il faut savoir aussi que la religion chrétienne a débuté son influence sur la Rome antique en l’an 380, par l’Edit de Thessalonique, promulgué par l’empereur Théodose Ier. Elle s’est amenuisée (sans disparaître) en France (mais pas dans l’Europe) à partir de la Révolution française (1789) soit une domination de plus de 1 500 ans.
Dire que la monogamie telle que nous l’appliquons aujourd’hui est d’origine romaine est faux. Il y a une influence juridique mais la pratique de la monogamie dans l’antiquité n’avait strictement aucun rapport avec celle que nous appliquons aujourd’hui. Si la religion chrétienne a joué un rôle central, bien que certaines familles nobles, voire monarchiques, continuaient à vivre selon les préceptes de la Rome antique les fondements sociaux ont été imposé par l’église catholique surtout à la plèbe, c’était un moyen de contrôle par le pouvoir religieux. Le seul point que nous ayons conserver de la Rome antique est relatif à la transmission, à l’héritage, une simplification administrative.
En fait il faut rechercher quelques heures des sources historiques, sociologiques et juridiques pour pouvoir comprendre avec un minimum de raisonnement permettant de fournir le poids nécessaire à chaque influence, ce qu’une machine ne sait faire aujourd’hui.