Bonjour micnet,
Vous abordez deux points importants dans la
compréhension du concept démocratique : la notion d’égalité et la notion
de gouvernement. Pour parler de l’égalité, je vais citer Morgen H.
Hansen (La Démocratie athénienne à l’époque de Démosthène).
« Pour parler d’égalité, les Athéniens avaient plusieurs termes, tous composé avec le préfixe iso- : isonomia (égalité de droits politiques), isègoria (égal droit de parole dans les assemblées politiques), isogonia (égalité par la naissance) et isokratia (égalité
de pouvoir). (...) Mais que signifiait l’égalité politique pour les
Athéniens ? Et que signifie-t-elle aujourd’hui ? Dans la pensée
politique occidentale, il y a un conflit entre deux visions différentes
en la matière. L’une tient que tous les hommes sont par essence et par
nature égaux - c’est-à-dire semblables - et par conséquent ont tous
droit à une part égale de tout ; l’autre consiste à penser que tous
devraient bénéficier de chances égales - comme les coureurs sont sur la
même ligne dans les starting-blocks. »
L’isonomia (égalité
politique) n’apparait pas comme étant au centre de l’idéologie
démocratique athénienne, même si elle est attestée, contrairement à l’isègoria,
qui apparait de façon centrale dans leur conception. Il semble donc que
pour les athéniens, l’égalité est conçue comme reflétant une égalité de
chances (de participer à la gestion de la cité), alors que l’isonomia
pourrait aussi bien supporter une égalité de nature qu’une égalité de
chances. Par contre, il est attesté que tous les citoyens athéniens
devait posséder l’isokratia (égalité de pouvoir) par principe.
De
nos jours, l’idéologie capitaliste qui domine actuellement le monde,
met bien évidemment en avant l’égalité de chances, qui colle à merveille
avec l’idéologie de la compétition permanente. Cependant, une analyse
même succincte démontre l’absurdité de cette thèse : dans un système
basé sur la compétition, il y a nécessairement formation d’inégalités.
De ce fait, on aboutit à une société inégalitaire où les chances ne sont
plus équitablement répartie dès le départ (situation actuelle), et on
ne peut donc plus parler d’égalité des chances. Par vocation, la compétition ruine le principe d’égalité des chances. Or, il a été démontré (voir l’étude et le livre de Richard Wilkinson et Kate Picket)
que les sociétés les plus inégalitaires produisent de grandes
pathologies sociales : plus une société est inégalitaire, plus elle
produit de maladies, de névroses, de psychoses, de criminalités, de
pauvretés, de désordres sociaux, etc. Plus une société est égalitaire,
plus elle produit d’harmonie, de stabilité, d’entraide, de partage, de
créativité.
C’est la raison pour laquelle je préconise une société fondée de façon prioritaire sur des bases non hiérarchique, donc une répartition horizontale du pouvoir
: le pouvoir majeur (celui de voter les lois) doit demeurer entre les
mains du peuple par le biais d’une assemblée et/ou du referendum. Cela
garantit un ordre fondé sur des lois autonomes (choisies par le plus grand nombre) et non un ordre fondé sur des lois hétéronomes (choisies
par le petit nombre et imposée au grand nombre). Dans une telle
situation, le respect de l’ordre se trouve renforcé du fait que le grand
nombre s’est donné à lui-même la loi. De plus, le fait que chacun
puisse participer de façon égale à la procédure de mise en place de la
loi fait qu’il y a égalité politique.
Cela nous amène à votre
deuxième point, la question de gouvernement. Vous prenez l’exemple du
charisme, en évoquant la qualité de « chef naturel » qui n’est pas donnée à
tous. Dans une démocratie, fondée nécessairement sur une égalité de
pouvoir entre tous les citoyens (démocratie = gouvernement par le grand
nombre), il n’y a pas à proprement parler de chef. La notion de chef est caractéristique des deux autres formes de gouvernement qui sont la monarchie et l’oligarchie, tous deux reposant sur des principes hiérarchiques. Dans une démocratie, les tirés au sort ne sont pas des leaders politiques, se sont des serviteurs, des exécutants
: ils exécutent les décisions prises par l’assemblée du peuple. Il y a
donc un renversement des rapports. C’est précisément cette inversion du
rapport de pouvoir qui différencie une (vraie) démocratie de
l’oligarchie ou de la monarchie. Un magistrat tiré au sort dans une
démocratie n’a pas besoin de charisme ou de qualité de chef.
Cordialement,
Morpheus