Je présume que dans un futur pas si lointain « père » et « mère » seront des mots vulgaires à bannir de notre vocabulaire.
— Mon père !
Ce mot (car « père » n’était pas tant obscène — en
raison de la distance que ce terme impliquait par
rapport aux secrets répugnants et immoraux de
l’enfantement — que simplement grossier, c’était une
inconvenance scatologique plutôt que pornographique),
ce mot comiquement ordurier provoqua un
soulagement dans ce qui était devenu une tension
absolument intolérable. Des rires éclatèrent, énormes,
quasi hystériques, en rafales successives,
comme s’ils n’allaient plus s’arrêter. « Mon père »,
et c’était le Directeur ! « Mon père ! » Oh ! Ford, oh !
Ford. Cela, c’était véritablement par trop énorme !
Les hoquets et les tempêtes de rire se renouvelèrent,
les visages paraissaient être sur le point de voler en
éclats, les larmes ruisselaient. Six nouveaux tubes de
spermatozoïdes furent renversés. « Mon père ! »
Blême, les yeux hagards, le Directeur jetait alentour
des regards ébahis, souffrant le martyre de
l’humiliation abasourdie.
« Mon père ! » Les rires, qui avaient semblé vouloir
s’apaiser, éclatèrent de nouveau, plus vigoureux
que jamais. Il se couvrit les oreilles de ses mains et se
précipita hors de la pièce.
Le meilleur des mondes