@ zen
Pour ce qui est de tes articles, pas besoin de tes conseils, j’ai déjà fait un tour et j’ai trouvé le dernier particulièrement intéressant. D’autant que c’est un sujet pour lequel j’entretiens d’excellents points de vue avec des amis Américains qui sont de plus en plus écoeurés des idéologies qui balaient leur pays. Pour te situer le « niveau » de ces « intellectuels » que je suis supposé vomir, le mari a été fondateur et rédacteur en chef de l’un des plus grands quotidiens texans. Le couple était des amis intimes de Lyndon Johnson et de plusieurs anciens présidents mexicains. Ils ont même été décorés par l’un d’un pour leur travail de rapprochement et d’intégration de la communauté hispanique dans la région de Houston. Je ne vais pas ici m’étaler sur mes relartions avec d’autres « intellectuels ». Pour le débile autodidacte que je suis, il se trouve que j’en connais quelques-uns qui éprouvent un certain plaisir, ou un plaisir certain, à discuter avec moi.
Voilà pour le mépris que je peux ressentir pour les intellectuels. Aurais-tu l’habitude de prendre ainsi tes désirs pour des réalités...
Pour ce qui est de l’homage que tu fais et des couronnes delphines que tu poses sur la tête du Tunisien qui, pour toi, a cherché « de manière trés érudite l’origine des dérives fondamentaliste, sans proférer ni insultes ni invectives, mais avec une intelligence lumineuse... » on n’est franchement pas sur la même longueur d’onde. Car pour moi le temps n’est plus à jouer les érudits. Tu crois que c’est ce dont a besoin à Clichy-sous-Bois. Il y a des décennies qu’on explique, qu’on essaie de comprendre, qu’on analyse, qu’on décortique, pour finir toujours par justifier et déresponsabiliser. Maitenant il faut agir, et comme je l’ai dit dans le premier article que j’ai publié sur Agora, il est indispensable de dessiner le plus rapidement des frontières claires et nettes et d’avertir, sans circonvolution, la limite à ne pas dépasser.
Je souhaite la crise le plus rapidement possible. Je suis aux antipodes de ta réflexion ou de celle de Reboul ou de la Taverne des poètes, sur les années à venir. Je veux la crise aujourd’hui, car d’évidence, elle sera moins grave que celle qui nous pend au nez dans le futur. Et je prends date en disant ça. Il est impossible que je me trompe. Ca te surprend qu’un mec de bistrot comme moi parle ainsi. Alors sache que je ne mets jamais les pieds dans un bistrot, sauf à Smara quand j’ai envie de discuter avec une bonne bande de fonctionnaires marocains avec lesquels j’entretiens les meilleures relations du monde. C’est Sartre qui fréquentait les brasseries. Moi pas.
Je ne connais pas cet intello tunisien dont tu parles et si j’ai le temps j’irai faire un tour sur son site, mais je vais te dire un truc dont j’ai jamais voulu me glorifier sur ce forum parce que ça fait partie de mon parcours personnel : en 82, j’ai créé la seconde radio pour immigrés en France. Elle s’appelait « Fréquence Atlas » et elle émettait à Nice en louant des heures d’antenne à une autre radio locale dont j’ai oublié le nom. Parmi les participants à cette radio, il y avait un certain Abdellatif Kechiche, lauréat du César du meilleur film en 2005 pour « L’Esquive »...Ca te dit peut-être quelquechose. Si tu le rencontres, tu peux lui parler de moi... C’est pour te dire les mauvaises fréquentations de « bistrot » que j’ai pu avoir dans ma petite vie minable de scribouillard sans diplôme. Tu vois, je n’en ai jamais parlé au cours des différents échanges où je me suis vu traité de « raciste » ou de mec du FN, alors que j’en ai eu mille fois l’occasion. Mais je me suis toujours retenu, parce que la pub, j’ai horreur de ça, surtout en ce qui me concerne. Question d’éducation. On m’a toujours appris à ne pas se mettre en avant. Et il est significatif (prends-le dans le sens que tu veux - tu as le choix) que ce soit toi qui me fasses enfreindre ce principe dans lequel je me contenais.
Alors les raisons du doute, puis de la non-intégration des fils d’immigrés en France, j’ai peut-être autant le droit d’en parler que ton intellectuel estampillé « érudit ». Moi, mon érudition, je la trouve dans la rue, dans les cafés de Smara, parmi les ouvriers avec lesquels je travaille, les chauffeurs de taxis, les conducteurs de camion, les mécaniciens, les menuisiers, les soudeurs, les épiciers, les bouchers, avec les fonctionnaires, les policiers, les gendarmes, les militaires, avec des journalistes, des réalisateurs de film, avec des gouverneurs de province, avec leur chef de cabinet, avec des procureurs, des responsables de la DST, des avocats, des banquiers, et même avec des détecives privés (si, si), avec d’anciens goumiers, d’ancien émigrés, d’anciens travailleurs dans nos mines ou nos usines, et je la complète avec quelques lectures.... D’ailleurs, j’aimerais bien comparer aujourd’hui ma bibliothèque personnelle avec celle de bon nombre d’intellectuels que tu dois fréquenter. A la différence que moi, les bouquins, je les paye avec mon argent. Je ne collectionne pas les ouvrages des services de presse ni ceux qu’on « détourne » des bibliothèques universitaires.
Pour moi, il n’est plus temps d’aller chercher les orgines des dérives fondementalistes. Elles sont multiples et tout le monde le sait depuis les années 80. J’ai vu monter le FIS en Algérie. J’ai vu des amis pleurer devant leur hôtel incendié par Ali Beladj le bras « intellectuel-armé » d’Abassi Madani. Le travail qu’il indispensable de faire aujourd’hui est de tenter d’enrailler par tous les moyens le discours de haine et de revanche qu’un grand nombre d’imams déversent dans nos sociétés et celles du Maghreb. Pour se faire, il faut accepter un combat de mots. Oui à la dérision, oui au blasphème, oui à la critique, oui au chacun-chez-soi religieux. Oui au fous-moi la paix avec ton Dieu, quel qu’il soit. A cela il faut ajouter, oui à la paix en Palestine, oui à l’amancipation des femmes à travers le monde, oui à la justice sociale, oui à un monde sans tribalisme ni communautarisme.
C’est pour ça que je combats. Que ça te plaise ou pas, je m’en fous. Je constate seulement que j’ai une sacrée longueur d’avance sur toi. C’est tout. Et c’est toujours frustrant d’avoir raison avant les autres. Je n’en tire aucun orgueil.
Patrick Adam
PS Te force pas. Je n’attends aucune réponse, j’ai déjà appris à apprécier, comme il se doit, ta politesse d’intelletuel civique et « équitable ».
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