Poème pour Zhila (ReveilTunisien.org)
Originaire de la ville de Marivan, a été violée et mise enceinte par son frère, et un juge l’a condamnée à la mort par lapidation. Selon le code pénal iranien, la lapidation est la punition de ceux qui commettent l’adultère.
« Le pied pour que j’avance, c’est toi ; la main pour que j’actionne, c’est toi ;
L’existence de toute existence, c’est toi ;
L’oreille pour entendre, c’est toi ; l’œil pour voir, c’est toi ; choisi parmi tous, c’est toi ;
La clarté du jour, c’est toi, la joie qui brûle le chagrin, c’est toi ;
La lune éclairant la nuit obscure, c’est toi. »
Toi, Zhila, 13 ans.
Toi sur qui l’entropie du temps
Après s’être ennivrée de poètes ivres
Amoureux d’autres poètes
Dont certains étaient des soleils,
A vomi un frère qui te fais un enfant
Et un juge qui te condamne à la lapidation
Puisque dans ton pays la parole d’un homme
Vaut la parole de deux femmes
Selon les paroles d’Allah ?
Qui valent plus que les paroles de tous les hommes
Et toutes les femmes, sauf celles des poètes athées
Qui, elles, valent plus que les paroles de tous les dieux.
Mes paroles valent plus que celles d’Allah,
Mes paroles que tu as tatouées sur ma langue et greffées au
bout de mes doigts,
Toi, Zhina, 13 ans, dont je n’ai jamais entendu les paroles.
Toi, Zhina, 13 ans,
La plus belle des enfants dont je n’ai jamais vu le cœur,
Que j’aime par ce poème plus que tout, plus que mon enfant ;
Que je chante ivre par ce poème
Comme Jalâl ud-dîn Balkhi chantait Shams.
Ceux qui t’ont jugé, qu’on ne devrait plus circoncire enfants
Mais hommes leur décapiter les bras,
Ont enfonçaient leurs têtes jusqu’au cou
Dans la bouche du prophète et lui ont arraché la langue
Avec leur langue,
Puis ont dit que tu devais être enterrée jusqu’au cou
Dans un vagin de terre et immolée par des pierres
Pas trop grandes pour qu’elles ne te tuent pas rapidement
Pas trop petites pour qu’elles te fassent beaucoup souffrir avant de mourir.
Coupons-leur les mains, coupons-leur la barbe, coupons-leur la bite.
Ce qu’ils ne savent pas
Dans la mâchoire atrophiée de leur squelette sans langue,
C’est que tu ne mourras pas, tu ne vivras pas,
Tu ne seras ni morte-vivante, ni vivante dans la mort,
Tu seras par-delà la vie et la mort,
Tu seras la langue du poème qui s’écrira
Après eux et leur dieu.
Alors qu’ils rejoindront leur prophète
Dans le ventre des vers de terre,
Les morts tomberont amoureux en toi ;
Tomberons de toi comme une hécatombe de nouveaux-nés,
Comme des tombes tombant du ventre de la terre
Dans le ciel.