Monsieur Cabanel,
merci pour votre contribution sur un sujet sensible (parmi d’autres) propre au nucléaire.
Vous citez un certain nombre d’exemples de démantèlement mais les explications que vous donnez sont partielles :
Les causes principales des retards du chantiers normands sont d’une part l’évolution du cadre législatif et d’autre part le renouveau des compétences nucléaires (dernière centrale construite en France à Civaux en 1998). Je vais prendre également l’exemple de l’EPR normand.
On peut notamment citer le durcissement (extrême) des réglementation des équipements sous pression de 2002 (et son corollaire pour l’industrie nucléaire dans l’arrêté de 2005), qui sont extrêmement contraignantes (et qui ont du être intégrés rapidement dans un projet entamé dans les années 90). Une des conséquences a été notamment la « non conformité » de certains bétons.
In fine, ces retards ne sont pas un « caprice » ni une preuve de négligence et encore moins une inquiétude à avoir. Bien au contraire, ces retards (inexistants sur les chantiers chinois), sont (selon moi) une preuve de sûreté et de qualité (au sens industriel du terme) !
Le démantèlement c’est un peu pareil : un cadre législatif qui reste à
figer (et j’insiste là dessus !!!) et une filière industrielle qui est
en développement (surtout sur les palier standards).
Par ailleurs, les glissements de planning sur des projets industriels de cette envergure sont désormais monnaie courante (ex : A380).
Concernant les projets d’éoliennes des côtes bretonnes, on peut très certainement s’attendre à un dépassement du planning (l’appel d’offre a pris du retard et un des sites n’a toujours pas été attribué) et à une rallonge des 10Mds d’€ initiaux !
Pour finir, malgré le manque de tact des commentaires de Murphy, je ne peux que le rejoindre dans son intervention sur l’impertinence de votre comparaison de « puissance » entre l’EPR et les 3 GW des projets éoliens. Même si ce n’est pas là le cœur de la question, il faut bien reconnaître que ce genre de comparaisons hasardeuses font « tâche » et font perdre votre billet en crédibilité puisque ces 10Mds d’€ ne correspondent finalement même pas à la production d’un EPR si on prend en compte les différents taux de charge ( 9TWh d’éolien contre 11TWh nucléaires par an). Plutôt que de le renvoyer à ces émoluments (sa fiche de paie ne change rien au fait qu’une puissance et une énergie n’ont RIEN à voir), vous auriez au moins pu reconnaitre que l’amalgame n’était pas pertinent (peut être n’était il même pas volontaire) !
De plus, le lien entre « les caisses de l’état » et les approvisionnements pour le démantèlement est très maladroit : à aucun moment les finances publiques ne seraient mises à contribution. Si approvisionnement il y a, il sera financé par EDF et les industriels du secteur (ce qui est déjà prévu : http://www.actu-environnement.com/ae/news/actif-dedies-nucleaire-edf-rte-19338.php4) et c’est également de cette manière que les ENR sont financées (via la CSPE). On ne parle ici que de GESTION (vous même le préciser) par la caisse des dépots. Pour rappel, depuis l’ouverture de son capital, en 2004 EDF verse environ 3Mds d’€ annuels en dividende à l’Etat, tout ça en avançant également les montants de la CSPE pour l’Etat. Ce type de débat (qui finance quoi, quel montant, ...) est donc beaucoup plus complexe que vous ne le présentez mais surtout complètement stérile !
Malgré cela, je ne pense pas qu’il faille comparer et surtout opposer les projets nucléaires et éoliens ! Pour ma part, même si l’investissement initial des projets éoliens est plus important et devra être renouvelé bien avant l’EPR (la durée des vies des éoliennes est bien inférieure à 60 ans), ces projets sont intéressants à bien des égards et il vaut mieux investir 10Md’€ (ou plus) dans ce type de projets industriels d’envergure que dans des petites installations photovoltaïques. Cela nous conduit à un atteindre un objectif principal, à savoir diminuer la facture au maximum (en € et en kg de CO2), tout en essayant d’en remplir des secondaires (comme le développement de filières industrielles françaises voire européennes).
Pour conclure, je trouvais votre titre très pertinent : le démantèlement est effectivement un vrai casse tête :
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