@Patrick,
Effectivement la qualité du journalisme d’investigation de la fin du XIXe est souvent époustouflante : lisez, par exemple, l’enquête sur le wahhabisme dans la « Revue des Deux Mondes » vers 1870, ou les chroniques de diplomates français pendant la Guerre de Sécession (Duvergier de Hauranne) ou de participants français (le colonel Régis de Trobriand), on a notamment, et pour la première fois, une présentation de la culture des Indiens des Plaines beaucoup plus relativiste que dans les chroniques américaines.
Ce regard critique assortie d’une plume alerte se retrouve plus tard chez des voyageurs injustement oubliés : connaissez-vous, Patrick, les frères Chadourne ? Louis bourlingua aux Antilles, fut l’ami de Cendrars et de Galmot, écrivit notamment « Le pot au noir » et mourut à trente ans des sequelles traumatiques de la guerre de 14. Son frère, Marc,administrateur Outremer jusqu’à ce que Vichy le contraigne à se réfuguer aux Etats-Unis, a décrit merveilleusement les îles du Pacifique (Vasco), les U.S.A., la Chine, le Japon et la Russie - voyant juste avec une perspicacité étonnante. En même temps il commet des romans intimistes comme « Cécile de la Folie » (assez proche d’« Aurélien » d’Aragon, mais mieux écrit), « Absence » (où il évoque une relation qui se délite à coups de télégrammes pendant que le héros est en reportage au Mexique - si on remplace les télégrammes par les SMS l’histoire n’a pas pris une ride), la « Clé perdue » (le narrateur, Chadourne lui-même, prof aux USA a une liaison avec une étudiante qui fait la guerre à sa place dans les WACs). Finalement, mettant à profit sa connaissance du Utah, il raconte les Mormons dans « Quand Dieu se fit américain ». C’était également un spécialiste de Restif de la Bretonne et de William Beckford.
Cordialement