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Tao David (---.---.51.253) 15 octobre 2006 09:47

Cher auteur,

puisque votre article n’est pas signé, je ne sais pas à qui j’ai affaire. A lire les commentaire, il me semble que c’est Patrick, qui vit au Maroc, je crois. Heureusement d’ailleurs qu’il y a cette mauvaise conscience de l’Occident face à ses fautes et crimes du passé, sinon certains écrivains n’auraient pas de matière à penser. C’est le cas de Bruckner que vous aimez, je crois. En l’espace de trente ans cette mauvaise conscience reste son fond de commerce, alors que notre pays connaît d’autres questions préoccupantes, n’en parlons pas du monde dans lequel nous vivons. Ca en dit long... S’agissant de la thèse de la détestation de soi que tu découvres chez les Français et que tu dénonces, ce n’est ni plus ni moins que de la mauvaise conscience. Or la mauvaise conscience découle toujours de la faute ou du sentiment de la faute commise. Quelles fautes l’Occident, et en son sein, la France a bien pu commettre pour que cela lui reste en travers de la gorge, pour ne pas dire sur la conscience ? Je ne veux pas risquer de les énumérer au risque d’apparaître encore une fois comme celui qui détesterait son pays, je veux parler bien sûr de la France. Cette France de la Révolution qui s’est déclarée, d’antan, courageusement, la Patrie de tout homme, qui aspirait à l’universel et qui s’offrait comme exemple aux peuples déshérités et épris de paix de la terre entière. Qui peut ne pas être fier de cette France-là ?. C’est cet esprit universaliste et humaniste qui faisait dire à l’écrivain roumain que « Tout homme a deux patrie, la sienne propre et la France ».

Vous dites : la France est atteinte de la maladie de la détestation de soi. Où voyez-vous donc cela ? Depuis vingt ans que je suis en France, j’ai toujours entendu des superlatifs, dans la presse écrite et audiovisuelle, dans les livres et dans les colloques, pour tout ce qui concerne la France. La France est le pays des droits de l’homme, elle est le seul état laïque, Paris est la plus belle ville du monde comme les Champs Elizées est la plus belles rue du monde. Notre ministre de l’intérieur, à sa façon, résumait cet état d’esprit français en déclarant à Bush, récemment, que la France est arrogante. Qui dénigre au fait la France ?

Ces superlatifs journalisqtiques et ceux que vous même vous proférez dans votre article témoignent en réalité de l’inverse : ce n’est pas que la France contemporaine soit suffisante mais l’inverse. Ce pays, n’est pas en paix avec lui-même, dans le présent. C’est sans doute ce qui fait d’ailleurs que les raisons d’en être fier sont le plus souvent tirées de son passé glorieux. Or la question n’est pas seulement de savoir qu’a été notre pays par le passé mais que doit-il être dans le présent ? Et cette question vous et Bruckner vous refusez justement de vous la poser. Or, il me semble que se la poser en tant que citoyen permettra d’y réfléchir et d’essayer de refonder les nouvelles règles du vivre ensemble aujourd’hui.

Quitte à ce que la France chasse les étrangers, les apatrides que vous aimez à dénoncer, se recroqueville sur son passé et dans sa fierté, que ce soit au peuple français, dans son ensemble de décider. C’est ce que j’attends habituellement des moments cruciaux comme les élections présidentielles. Ce devait être un moment où le peuple se réapproprie son affaire propre qui est de se donner un projet pour l’avenir. Au lieu d’encourager à cela, nos politiciens êt nos néo intellectuels, pour ne pas dire nos néo réacs se limitent flatter les bas instincts des gens. Ca ne coûte rien à un peuple de faire un bilan de son parcours historique, de voir ce qui a été positif et objet de fierté, de déterminer ce qui a été moins bien, voire néfaste, et d’en tirer les conséquences pour l’avenir à construire. Un peuple qui ferait cela régulièrement, et c’est ce que la France faisait par le passé, à travers ses multiples révolutions et changements de régimes. Pourquoi faisons-nous comme si notre France actuelle n’est plus capable de cela. Comment avons-nous pu oublié, Patrick, que nos principes républicains, nous ne les avons pas inventés ex nihilo, mais que nous les avons tirés des meilleurs penseurs du siècle des Lumières, qui avaient théoriquement et mentalement réalisé cette révolution avant qu’elle ne prenne racine dans un Etat ? Or le plus grand héritage de ce siècle éclairé et révolutionnaire, c’est l’esprit critique et la faculté de bien juger.

En refusant le débat contradictoire pour se limiter à des incantations et à se jetter l’opprobre les uns sur les autres, nous tournons le dos éhontement à ce bel héritage. Et cela n’est pas sans conséquence. En effet cela conduit, non plus à la détestation de soi fantasmée comme vous, Bruckner et les gens qui vous ressemblent jettez à la face des gens en guise de toute réflexion, mais à un vrai doute sur la validité même de nos valeurs démocratiques et républicaines, c’est-à-dire ce qui fait justement la spécificité de la France d’aujourd’hui d’avec celle du passé malgré sa grandeur. C’est ce qui conduit notre société à souvent regarder dans le rétroviseur en ce qui concerne notamment les valeurs à transmettre dans notre système éducatif. Un doute qui n’est pas nouveau, loin de là. Voici ce qu’en disiat un grand français dont on peut être fier. Il s’agit de Péguy : Péguy l’avait déjà senti dès 1904 lorsqu’il dressa ce réquisitoire sévère à l’encontre de la modernité hésitante en France : « Quand une société ne peut pas enseigner ce n’est pas qu’elle manque accidentellement d’un appareil ou d’une industrie ; quand une société ne peut pas enseigner, c’est que cette société ne peut pas s’enseigner ; c’est qu’elle a honte, c’est qu’elle a peur de s’enseigner elle-même ; pour toute humanité, enseigner au fond, c’est s’enseigner : une société qui n’enseigne pas est une société qui ne s’aime pas, qui ne s’estime pas : et tel est précisément le cas de la société moderne ».

Après cela, je ne peux que garder le silence. Tout y est dit en effet.

Tao David


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