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vigie 15 octobre 2006 11:04

@ patrick

Avant de partir je te laisse un résumé du bouquin de daniel lefeuvre pour en finir avec la repentance coloniale chez flammarion, j’ai reproduit ici par manque de temps un cours résumé du journal marianne.

les sentinelles de la gestion mémorielle veillent sans répit. Elles l’ont encore prouvé très récemment avec l’affaire du petit robert, Les mots de l’histoire sont sous surveillance des associations Gageons que l’ouvrage de Daniel Lefeuvre, historien et enseignant à Paris-VIII, va leur donner du grain à moudre. Pour en finir avec la repentance coloniale un titre qui sonne comme un défi - plonge aux sources chiffrées de la colonisation de l’Algérie avec pour objectif de réfuter un à un les arguments de ceux qu’il surnomme « les Repentants. Entendez cette « nouvelle génération d’anticolonialistes multipliant les appels et les pétitions en faveur des « indigènes de la République » [qui] exige de la France, de la République et des Français qu’ils expient ce huitième péché capital traqué avec obstination dans les moindres replis de la conscience nationale : Notre passé colonial et son héritage.

Ni cryptocolonialiste ni chantre d’une « nostalgérie » inopportune, Daniel Lefeuvre veut surtout en découdre avec les associations obsédées par la \ repentance et des historiens comme Gilles Manceron et Pascal Blanchard, sans parler d’Olivier Le Cour Grandmaison. Il leur reproche en substance d’expliquer les maux très actuels de la société par l’héritage colonial, de décrypter le présent en se fondant sur une histoire qu’ils ont pris soin de récrire. Les discriminations sociales, le racisme dans la police ou de l’administration, l’échec scolaire, la difficile insertion de l’islam dans l’espace national, le chômage dans les cités, la loi sur le foulard, etc., ne seraient selon eux que les effets pervers et persistants d’un mal dont l’Etat français ne s’est jamais guéri : l’esprit colon. Cette distorsion de la réalité historique ne vise à ses yeux qu’à justifier l’exigence de repentance qui frise la tyrannie.

Daniel Lefeuvre entreprend donc de contrer certaines de leurs accusations, qu’il qualifie de « bricolages ». Notamment, lorsqu’ils assimilent la conquête coloniale au XIXe siècle à « une œuvre d’extermination, inscrite dans la continuité des horreurs de la traite négrière et de l’esclavage, et grosse des « Oradour » qui ont i ensanglanté l’Indochine,l’Algérie ou Madagascar au temps des guerres d’indépendance », de réduire ! La colonisation à une entreprise de rapine, de pratiquer l’amalgame et l’anachronisme. Données, chiffres, tableaux, pourcentages, resitués dans leurs l contextes : la colonisation de l’Algérie est passée au crible de l’histoire quantitative. Qu’il s’agisse des « enfumades », des razzias et du nombre des morts algériens lors de la conquête, qu’il s’agisse de la manière dont la République française a traité les colonisés ou du profit économique qu’elle a tiré de ces terres conquises par la force, le travail scrupuleux de Lefeuvre consiste à entrer dans le détail pour en finir avec une vision partiale et partielle du passé.

« L’historien doit, inlassablement, établir lest faits, [es replacer dans l’environnement qui les ai produits, en hiérarchiser l’importance, en comprendre la portée : c’est là le préalable à toute tentative de connaissance du passé », écrit-il. Quitte à se voir accuser de « défendre une conception positiviste, pis, ringarde, de l’histoire. Mais, au-delà du débat des historiens, le livre soulève en creux une question ; Qui reste entière !

Peut-on répondre par la seule rationalité à une demande cousue d’affect ? Doit-on battre sa coulpe et demander pardon à tout-va ou encore voter une loi mémorielle apte à combler chaque minorité ? S’il est absolument indispensable de rétablir les faits dans leur réalité et dans leur époque, on peut malheureusement craindre que cela ne suffise pas à calmer le Ressentiment virulent de tous ceux, Francais descendants de colonisés, dont ces hérauts de la repentante se font les porte-voix Faute d’apporter une réponse politique, historique et sociale à leur amertume, ils seront à la merci de ces porte-parole autoproclamés qui les transforment en adeptes d’une victimisation héréditaire, se vivant en quelque sorte comme des victimes de père en fils. La violence n’est jamais loin du ressentiment.

Le phénomène date de la marche des Beurs en 1983. A l’époque, la revendication des marcheuses et des marcheurs portait sur les droits civiques et sur l’égalité, On était loin du communautarisme et de l’enfermement identitaire. « Nous voulons être des citoyens français à pan entière », disaient-ils. Et l’on ne peut pas dire qu’ils aient été entendus. « Vingt ans plus tard, ces Français se posent les mêmes questions sur leur place dans cette société et les discriminations qu’ils vivent au quotidien, remarque l’historien Benjamin Stora (lire l’interview ci-contre). Ils cherchent, remontent au vécu de leur famille et tombent invariablement sur ce que fut l’idéologie coloniale. »

En guise de réponse, il y aura la loi sur les rapatriés (encore une loi de la repentante !) Votée en catimini parla droite et la gauche le 23 février 2005 et son fameux article 4 notifiant que « les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord. A l’époque, le forfait était passé inaperçu, sinon auprès de quelques intellectuels, historiens, dont Claude Liauzu, qui prépare un « dictionnaire du colonialisme », et des associations.

Près de vingt-cinq ans après la marche des Beurs, les émeutes de banlieue (octobre 2005) sonnaient comme un retour du refoulé : la même chose, la violence en plus. Une collision explosive entre le passé et le présent. « Nous sommes des colonisés de l’intérieur », semblaient-ils dire cette fois. Et du coup la question mémorielle, instrumentalisée par certaines associations, quittait la sphère des historiens pour occuper la scène publique en un débat furieux. Dans son sillage, on pouvait entendre l’antienne de la repentance. Comment s’en débarrasser ?

Est-ce en demandant pardon à tout-va comme le fait Jacques Chirac ? En battant sa coulpe et en s’autoflagellant comme ont trop tendance à le faire nos concitoyens ? En balayant la question avec Brutalité comme le fait Nicolas Sarkozy ? Ou en naviguant à vue comme le fait une grande partie de la gauche ? Ces manifestations officielles du repentir ne satisfont personne. Et certainement pas ceux qui les exigent, d’autant que, pour eux, aucune expression du remords n’est jamais à la hauteur du « crime », jamais suffisante pour apaiser leur « souffrance ».

Quant aux associations et autres « spécialistes du colonialisme » qui ont fait de ce poison leur fonds de commerce, les errements des uns et les lâchetés des autres ne font que les conforter dans leur entreprise de sape. « Le risque est grand, écrit Daniel Lefeuvre, de voir une partie des Français, bien persuadés qu’ils seront à jamais les indigènes d’une République irrémédiablement marquée du sceau de l’infamie coloniale, vouloir faire table rase et jeter nos institutions et le principe sur lequel elles reposent : l’égalité en droit des individus. »

De plus, comme l’a bruyamment prouvé l’affaire de l’article 4 de la loi du 23 février (finalement abrogée en février 2006 par Jacques Chirac), accéder au désir de tel ou tel lobby de la repentance ne fait que déchirer la nation au lieu de la rassembler. « Belle révolution en perspective, conclut Lefeuvre, peut-être déjà en cours, qui amènerait à créer en France un patchwork de communautés avec leurs spécificités, leurs règles, leurs droits, leur police et leur justice a l’appartenance desquelles les individus seraient assignés avec ou sans leur accord ».

Pour en finir avec l’obsession de la repentance, il faut remettre le passé à sa place et réparer le présent. Il faut laisser les historiens continuer à travailler, non seulement sur la colonisation, mais aussi sur la postcolonisation, qui reste le point faible de l’historiographie française. Mais il faut aussi et surtout développer les outils de la transmission pour en finir avec les fantasmes. A défaut, nous serions tous perdants.

« Tous ces appels nationalistes à l’islam pur et authentique, à t’afrocentrisme, à la négritude ou à l’arabité éveillaient un puissant écho : on ne se rendait pas compte que ces essences ethniques et spirituelles allaient coûter cher à leurs adeptes victorieux », écrivait Edward Saïd, qu’on ne peut accuser de complaisance envers les colonisateurs. Encore un néocolonialiste !

Salut de la dunette, merde je viens de me prendre un guano !


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