Je vous rejoins tout à fait. Les pratiques référendaires sont précieuses mais à condition d’en fixer les règles. dans l’idéal, il faudrait que les sujets soumis aux votes (que ce soit au niveau local, régional ou national, voire européen) émergent d’une préoccupation « collective » - je garde ce mot flou, mais « ouvert », afin de signifier uen certaine pluralité de point de vue. Je songe aux « politiques de la nature » de Bruno Latour en parlant de « collectifs », mais ce serait un peu long à expliquer ici.
La pratique référendaire court de nombreux risques en effet : on voit bien comment certains politiques (largement relayés par certains médias zélés) tendent à imposer les sujets de débat, dans une perspective purement electoraliste. On peut craindre que les sujets proposés à référendum soient issus d’une manipulation de l’opinion. Evidemment, il n’existe pas une opinion publique vierge de toute influence : ce serait absurde - mais un référendum dont le sujet n’émergerait pas d’une préoccupation commune serait une déception de plus pour les démocrates. Il faut aussi que les règles du débat pré-référendaire soient équitables pour toutes les parties (là encore.. ça demande une vigilance soutenue). Et surtout, que le référendum ne soit pas le prétexte d’un plébiscite (et on entre là dans des tas de problèmes notamment sémantique : car commment formuler une question qui soit véritablement « ouverte » et propre à l’expression d’avis nuancés et différents ?)
Toutes ces difficultés, qui sont inhérentes à la pratique même de la démocratie (contrairement à ce que certains messages laissent entendre, la démocratie n’existe que dans ces tatonnements, ces efforts et ces vigilances qui la réinventent chaque jour), ne doivent cependant pas ruiner le projet d’une pratique référendaire plsu fréquente. Et on doit pouvoir la tester d’abord au niveau local.
Je vais donner un exemple : je vis dans un coin où on installe régulièrement des éoliennes. C’est un véritable sujet de discussions dans les cafés, dans les familles, à la sortie de la messe, enfin partout où les gens se rencontrent. Ces éoliennes, on ne peut pas les rater de toutes façons :) Alors, il y a des tas de gens qui sont contre, d’autres qui sont pour, et d’autres qui s’en foutent un peu. Moi par exemple, ça ne me gène pas les éoliennes, je voterai probablement pour si on me demandait mon avis. J’ai des tas d’arguements, mais ceux qui voteraient contre ont des arguments aussi : enfin tout cela est intéressant, c’est du débat, du lien social.
Hé bien, on pourra discuter tant qu’on voudra, nous les habitants du coin, on ne nous a rien demandé. il n’y a eu aucune consultation publique nous concernant. sans doute y-t-il eu débats d’experts, entre politiques, au conseil général, voire régional. Les deux trois paysans dont els pâtures accueillent les éoliennes ont surement été informés aussi (voire même entendus..) Mais nous, les habitants, on a l’impression qu’elles ont poussé là dans le paysage, sur les collines, comme des champignons dans la forêt de Margeride. Je ne me réjouis pas de ces éoliennes, bien que par ailleurs je sois a priori pour qu’on en installe (et par ici il y a beaucoup de vent alors..). Mais je pense à tous les gens avec qui je discute et qui sont contre. Que pensent-ils de la démocratie ? de la politique ? Que vont-ils en conclure etc...
Bref. C’est une belle occasion de ratée. Tout se passe comme si on nous disait : voilà, vous avez déjà voté (aux régionales par exemple) vous avez déjà choisi vos élus. Ils ont donc décidé ensemble au sujet de des éoliennes, fort du mandat que vous leur avez donné. Bon. Ok. le problème est que : quand j’ai voté pour monsieur tartempion aux dernières élections régionales, je n’ai pas eu le sentiment de voter pour ou contre l’installation d’éoliennes sur les collines avoisinantes. Bref : une belle occasion de ratée.