J’ai été très
choqué et outragé d’apprendre le décès de Cabu, Charb, Wolinski,
Tignous de la main de fanatiques déterminés, qui trouvent plus
important de s’en prendre à d’inoffensifs caricaturistes qu’à des
magnats qui réduisent des millions de personnes à la misère et
répandent pollution et maladies mortelles (entre autres choses).
Mais de nombreuses
réactions m’ont tout autant choqué. Déjà, on a eu droit au bal
des hypocrites habituels. En premier lieu les grands politiciens,
Hollande, Sarkozy, Valls, Cameron, Obama etc... ont donné dans le
concert de louanges plus ou moins obligées, ne manquant jamais une
occasion d’essayer de se refaire une virginité ; Hollande ne pouvant
pas s’empêcher de donner dans l’emphase et d’appeller à un jour de
deuil national. Or on a là tous les hommes qui ont contribué à
mettre à feu et à sang la Libye et la Syrie, qui sont responsable
de 10 000 « Charlie » là-bas, 1000 matières à jour de
deuil national en ces pays.
Ensuite, n’oublions
pas que si Cabu est maintenant brandi comme le symbôle de la liberté
d’expression par ce président si normal et tant de politiciens
français, il n’en a pas toujours été ainsi, loin s’en faut. L’Etat
dont Hollande est le premier représentant l’avait à de nombreuses
condamné pour outrage à l’armée, et même à président (George
Pompidou en l’occurrence) (n’oublions pas qu’il y a très peu, des
juges très cire-pompes, autant que leurs prédecesseurs pro-armée
avaient encore condamné un inoffensif quidam pour avoir brandi
devant Sarkozy une pancarte sur laquelle était inscrite "Case-toi,
pov’con"). Vraiment, pour la France, la liberté d’expression,
représentée par Cabu ou non, était de très peu de valeur, Cabu
était à l’époque un ennemi pour l’Etat (c’est juste que le bûcher
n’étant plus d’actualité, ils préféraient des méthodes plus
« douces », mais la violence étatique était bien là).
L’histoire du « Bal tragique à Colombey » rappelle que ni
Charlie Hebdo ni la liberté d’expression et de la presse
n’étaient en odeur de sainteté à l’époque auprès de l’Etat.
Donc, pour moi, il
n’y aura pas de jour de deuil national. Entendons-nous bien, je
respecte tous ceux qui ont décidé de le suivre, et je comprends
leurs raisons. Mais vu ce que je vois se cacher derrière, j’ai
décidé de ne pas m’y joindre. Pour moi, la liberté d’expression et
de satire est vraiment une valeur essentielle, elle ne saurait être
à géométrie variable et récupérée par ceux-là mêmes qui la
foulent au pied et soutiennent le terrorisme international le plus
abject.
Maintenant, ce qui
vraiment m’inquiète, c’est d’une part l’escalade de la violence
privée, avec un climat de guerre civile. Ensuite, le retour des
appels à plus de sécurité,
de contrôle social, de restrictions des libertés etc... Tout
ça, on va encore y avoir droit, ça
va nous empoisonner l’existence. Au nom d’un impossible risque zéro.
Un acte de ce genre n’est même pas vraiment un acte terroriste ; il
s’agit d’un acte criminel isolé dirigé contre certaines personnes
déterminées, et non d’une attaque contre le public.