Je ne suis pas très convaincue par les termes de « cinquième pouvoir » qui ne serait pas un pouvoir, mais un contre-pouvoir... Mais la discussion est intéressante quand on la rapproche des interventions qui expriment les craintes du copinage et de l’apparition de la hiérarchie : « Ce type de conférence va mettre en valeur quelques élites reconnues et mettre au ban les petits, les sans-grade. Au moins, le virtuel a-t-il le mérite de mettre à peu près tout le monde sur le même pied d’égalité. »
D’abord, même dans le virtuel, la maîtrise de la langue, surtout par écrit, est une réalité très discriminante ! Mais au-delà, il me paraît plus intéressant d’avoir une pratique qui amène à une discussion sur le pouvoir plutôt qu’un discours théorique qui dénonce le pouvoir.
Il y a beaucoup d’hommes ici, et pratiquement personne n’a l’air de songer au fait que nous sommes bien plus emmenés par des émotions que guidés par des prises de position (rationnelles, naturellement...). C’est pourtant élémentaire : être vu, être reconnu, ne serait-ce pas là l’essentiel des questions intimes de chacun ?
Ecrire sur Agoravox, avec des votes et un nombre de réactions, n’est-ce pas une façon d’affirmer sa personne et de conquérir un début d’autorité ? Contre-pouvoir ? non, décidement, c’est de la pudibonderie. Le pouvoir, c’est d’abord une accumulation de reconnaissances. On lit respectueusement mon commentaire parce que j’ai écrit plusieurs articles, et notamment dans tel domaine où j’interviens... et que, du coup, peu oseront me contredire dans ce domaine parce que je m’y suis fait une réputation de compétence... et voilà, la machine produit du pouvoir, nourrit des rêves, puis justifie des ambitions.
Ce que j’attends le plus d’Agoravox, c’est que le plus grand nombre de citoyens viennent y écrire pour un public et apprennent ainsi les rudiments de la rhétorique. Mon expérience personnelle m’a montrée dans les assemblées d’élus locaux que l’expérience de la parole en public est le meilleur vaccin contre les manipulations. Et pour dire le fond de ma pensée : non seulement c’est le meilleur, mais c’est à peu près le seul.
La démocratie a moins besoin de la crainte du pouvoir que d’une augmentation du nombre de praticiens du pouvoir, et il faut commencer par l’exercice de la parole publique. Bref, de la vox dans l’agora !