En complément, quelques citations tirées de plusieurs conversations avec J-F D ou de quelques uns de ses livres, qui en cette campagne présidentielles ont à mes yeux une belle pertinence
« La raison avec le cœur, le cœur avec l’intelligence, l’intelligence avec la foi, la connaissance sans être pédant, la bonté sans la faiblesse, l’imagination avec le réalisme, l’idéal sans l’utopie. Mettons en ménage ces vertus qui sont réputées de pas s’entendre », exhortait Deniau...
Nous en sommes loin, hélas, sauf chez Bayrou, peut-être, si injustement moqué pour sa sincérité qui n’a rien d’une naïveté. Il sait d’expérience, comme Deniau le savait, que dans notre « bazar médiatique » et dans notre ère de « démission du politique », qu’il est plus « payant » de prononcer « des petites phrases » sans intérêt « qui font des reprises » que d’expliquer « avec courage » en quoi les leaders politiques ne doivent pas « suivre » mais « guider » l’opinion et prendre « leurs responsabilités » au rique de déplaire aux consommateurs-zappeurs...
« Un bon pilote, disait Deniau (qui fut « six ou sept fois ministre » et a assumé bien des responsabilités), est comme un bon pommier produit des pommes. Il ne se « voit » pas piloter » Et il ne s’occupe pas de savoir qui mangera ses pommes.
Deniau confiait aussi : « On connaît le mot de Napoléon sur Talleyrand : « de la merde dans un bas de soie »... Ce qui nous manque, aujourd’hui, ce sont les bas de soie ». Et il ajoutait : « Qu’est-ce qui est pire que le mal ? Ne plus reconnaître la différence entre le bien et le mal ». Terrible constat !
Comme celui qui conclut à la priorité de la parole dite sur la parole donnée : « La langue coupe la tête, affirme un proverbe tatar ». Pourtant l’engagement EN politique reste un devoir citoyen : « Comment donner un sens à sa vie si l’on ne donne pas un sens au monde » ?
Cet engagement EN politique reste aussi un devoir existentiel : « Tout est dans tout, dit un Sage, mais pas n’importe comment...Il faut savoir se battre sans haine et sans mépris pour l’adversaire. C’est le vrai courage. Oser prendre des risques n’est pas une vertu. C’est prendre le maximum de risques avec le maximum de précautions. Kipling a tout dit... Il dépend aussi de chacun que la politique ne soit pas une copie de « Main basse sur la Ville » (ou sur la région, ou sur la République, ou sur l’Europe, ou sur le Monde)... »
Bien dit, Jean-françois DENIAU ! Qui assumera votre héritage ?
Le « réenchantement » de la politique passe par là, en effet.
Deniau expliquait : « Nous sommes riches de potentialités, si nous n’oublions pas quelques vérités primaires comme celle de ce proverbe ukrainien que Khrouchtchev avait transformé en devise : « Quand, dans un fleuve, tu jettes de l’or et de la merde, l’or coule et la merde surnage »...Trop de merde surnage et trop d’or coule dans le fleuve de la politique aujourd’hui.
Il y a aussi trop de « querelles de rats », comme disait Alexandre -le-Grand. Elles polluent l’atmosphère, provoquent des « crises », déclenchent des guerres et hypothèquent l’avenir.
Il y a encore (et surtout peut-être) trop de résignations individuelles et collectives sur cette planète où « personne ne peut dire qu’il a ou a eu raison puisque ce monde est ...sans raison »
« Comment donner un sens à sa vie quand on n’en donne pas à l’humanité ? », « quand l’histoire fait rater l’Histoire » ? La politique indissociable de la philosophie politique. Et de l’éthique politique... En cette campagne présidentielle. Deniau, l’ex-« outre-vivant » n’est pas seulement mort : on le tue encore dans son « outre-tombe »...