• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile


En réponse à :


Goda Goda 31 mars 2017 17:45

1/2


Masamune Shirow, auteur du manga original, parsemait ses planches de longues annotations apportant de nombreuses (euphémisme) précisions techniques, philosophiques, technologiques, etc., augmentant l’immersion du lecteur et apportant une crédibilité supplémentaire (grâce aux nombreuses références faites à la littérature d’anticipation) à son univers dystopique.


Le premier film réalisé par Mamoru Ochi est un chef d’oeuvre d’animation, meme s’il ne retranscrit pas toutes les finesses de l’oeuvre de Shirow, il a au moins pour mérite de planter le décor et de retransmettre l’aspect froid, lisse (en apparence), et sans pitié du monde dans lequel évolue le major Kusanagi et son coéquipier Batu.


Univers cyberpunk par excellence, où la profonde solitude va de pair avec l’uniformisation et la fusion des consciences.

Réflexion sur une société uniformisée, sur la liberté, sur fond d’histoires d’espionnage et de conflits géopolitiques et économiques larvés. 

Réflexion sur la spiritualité et sur l’identité, dans un monde où l’humain côtoie le divin au prix de la dissolution de son Moi et de sa chair.

Réflexion sur les modèles de sociétés idéales et sur ce qui arrive lorsque l’humanité a les moyens de réaliser et de vivre ses soit-disant « rêves ». 

Cauchemar darwinien. 

Cauchemar d’Asimov.

Dérives technologiques et transhumanisme sauvage (et à deux vitesses) et guerres corporatistes menées dans l’ombre et dans lesquelles l’héroïne n’est qu’un pion et dans lesquelles les humains et cyborgs « civils » mercenaires ne sont que le carburant, les clients, et les victimes.

Monde où l’humanité est « unie » par la technologie et le contrôle. 

Où l’humain n’est qu’une unité.

Une unité se diluant dans le tout.

Une goutte d’eau dans l’océan. 

Toutes les consciences étant connectées et entrant en résonance dans la Matrice devenue une artificielle noosphère qui a ses propres règles établies par une oligarchie technocratique devenue invisible.

L’intime a disparu. la conscience de chaque individu se réfugiant dans cette infime et fine membrane que représente le « Shell ». Cette « capsule » renfermant toute la psyché, la mémoire et la conscience de chaque humain (augmenté ou non) est le seul « endroit » où l’individu n’est pas noyé dans la masse, et donc le seul endroit d’où un individu peut commencer à méditer et à s’interroger sur la « folie » que représente ce paradigme. Ce fameux « Shell » que certains hackers se donnent à coeur joie de transgresser, de violer, de pénétrer, de modifier de façon sauvage ou insidieuse, est le dernier bastion de l’âme de chaque individu donné en pâture, téléchargeable, piratable et somme toute très volatil. L’âme plus que dématerialisée : paradoxe. L’âme numérisée, est si fragile et délétère. Ce shell qui est au final un bout de « hardware » encastré dans la boite crânienne de chaque humain en contient hélas le seul et infime espoir de transcendance et de liberation. D’où en effet, un pessimisme très marqué.

Dès lors en effet, des personnes cherchent à échapper au contrôle généralisé, voire tout simplement à ce systeme établi de prédation du puissant sur le faible (verticalité et système pyramidal). De l’humain « simplement » connecté, en passant par l’humain augmenté, puis par le cyborg (importantes modifications structurelles apportées au corps d’un humain cf. l’heroine) jusqu’aux humains de synthèse (robots) que l’on ne distingue meme pas des humains normaux ( a part peut être du fait que les humains de synthèse font « plus humains » en apparence que les vrais pour des raisons d’ordre esthétique puisque ces humains de synthèse ont été créés avant tout pour assouvir les fantasmes de leurs créateurs, qui ont débuté leur production à des fins très terre à terre : espionnage, jeux sexuels avec des « dolls » dédiées, soldat améliorés, et tout simplement le fameux « god complex »). 


Les remakes d’Holywood, recouvrant d’excellents films d’origines diverses ont la malencontreuse et fâcheuse habitude de tirer l’oeuvre vers le bas. Et j’ai du mal à me convaincre que cela est uniquement fait dans le but de rendre abordable l’oeuvre au public local. Cela relève plus, à mon sens, d’une forme d’appropriation maladroite et grossière.

Le fait de porter au cinema une oeuvre est déjà en soi un pari osé (et limitant voire frustrant), mais le fait de ré-adapter un film, japonais, français ou danois (pour ne citer que ces exemples) afin d’en changer les codes et l’idéologie me parait être du terrorisme intellectuel. Du vol pur et simple. Du vol doublé d’un message insultant qui plus est. Ce n’est bien sur que mon avis personnel.


Le coté « pessimiste » que l’on peut ressentir dans Ghost in the shell est voulu. L’effet de suffocation, de solitude, d’errance, recherché. 

Le désir d’émancipation, de liberté peut amener certains personnages à glisser subtilement hors du système avec les conséquences que cela implique dans une société hyper-connectée. La symbolique du tueur au « hoodie » à camouflage optique représente bien ce besoin d’anonymat qu’a tout un chacun de façon naturelle. Mais aussi représente la nécessaire discrétion de toute action intentée envers ce système orwelien bien établit.

Masamune Shirow a retranscrit en images et au-delà, ce qu’est, pour lui (et avec ses influences), un univers cyberpunk avec des problématiques et des approches esthétiques qui ont été sans cesse reprises (pompées) par la suite (cf. Le cinquième element, Matrix, Black Mirror, etc.).


. . .





Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON


Palmarès