Quelques mots sur les Kabyle et l’histoire, en général,
des Touareg.
Les Touareg sont le résidu d’une race qui a conservé
les lois de l’époque matriarcale. On les trouve dans les profondeurs du Sahara
où ils forment une aristocratie qui a conservé ses caractères natifs et ses
antiques institutions sociales. Ils sont de véritables archives vivantes, du
plus grand intérêt pour nous, puisqu’ils sont une confirmation de l’histoire
vraie que nous nous efforçons de restituer, un lambeau conservé de cette
antiquité disparue, une preuve vivante et agissante de ce que fut le « Régime
primitif ».
Les Touareg forment une aristocratie du grand désert,
qui a continué à vivre comme vivaient les primitifs il y a des milliers
d’années et qui n’a pas laissé entamer ses antiques institutions par
l’Islamisme qui l’a dominée sans la convertir.
Il y a là une mine inépuisable pour la science de
l’histoire.
La race Touareg s’appelle elle-même imohar, imohagh,
imochar, imageren, imaziren, suivant les tribus, ce qui
veut dire en langue sémitique : les hommes de race pure.
Le régime des castes est la loi sociale des Touareg,
et la Dualité sociale le trait dominant de leurs institutions.
Dans ce régime Touareg, la femme a gardé les
privilèges de son sexe, elle exerce ses droits.
La langue des Touareg est une langue berbère. Elle
s’écrit en caractères tifinars.
Quand l’Egypte fut envahie par la domination masculine,
les Touareg se réfugièrent dans les montagnes, et c’est là qu’ils ont continué
à vivre et qu’on les a retrouvés, pendant que les Éthiopiens de race chamitique
occupaient la partie centrale de l’Afrique. C’est cette race chamitique qui
engendra les Hottentots, les Cafres, les nègres.
Au Nord, les peuples berbères sont les plus anciens
dont l’histoire ait gardé le nom.
Vers l’an 1200 avant notre ère, ils occupaient le pays
compris entre la Méditerranée, l’Egypte, l’Ethiopie et l’Océan Atlantique,
c’est-à-dire la Numidie (Algérie actuelle moins le désert) :
La Mauritanie (le Maroc) ;
La Gétulie (Sahara ou désert septentrional).
L’Atlas qui traverse le pays était appelé les colonnes
du ciel. (Plus tard, on dira colonnes d’Hercule). « L’histoire des Berbères
remonte dans la nuit des temps, dit le colonel Bidault (dans Monde
actuel et Monde ancien, p. 350). Les auteurs grecs et latins ont connu
les Berbères dans la contrée des Somalis et sur les bords de la mer Rouge.
« Les écrivains arabes relèvent l’existence de ce
peuple, bien avant l’invasion de l’Islamisme sur les bords du Nil, sur la
lisière nord du grand désert et le long de la côte méditerranéenne, depuis le
Fezzan jusqu’à l’Atlantique.
« Aujourd’hui nous les retrouvons formant trois
groupes bien distincts :
« En Algérie, les Kabyles ;
« Au Maroc, les Chillouh ;
« Au désert, les Touareg, dont la langue a chez
tous le même fond, avec des variantes suivant les régions où elle est parlée,
ce qui fait que les Kabyles ne comprennent pas les Marocains et que les Touareg
ont un dialecte spécial connu sous le nom de Tamalek.
« Les Touareg ont choisi comme refuge les monts
Tassili, Hoggâr, Aïr et Adrar qui renferment chacun une de leurs quatre
fédérations.
« Ces quatre massifs sont entourés de plaines, qui
ne semblent appartenir à personne. On a voulu y voir la ligne de séparation
entre les Touareg du Nord et ceux du Sud, séparés par la ligne Timissao,
Assion, lnguezzan, et, d’autre part, entre ceux de l’Est et ceux de l’Ouest,
séparés par l’Ygharghar et l’ouadi Taffasseret ».
« Les Berbères, dit Vivien de Saint-Martin, appartiennent
à une race intelligente. Ils ont tenu leur place et joué leur rôle sur le
théâtre des événements du monde.
« La Genèse, dans son Xème chapitre de l’Ethnographie,
en fait une branche des Hamites, sœur des Mizraïm.
« Enfin, la portion de la race à laquelle l’appellation
de Berbère est restée plus particulièrement attachée, les Berbères de l’Atlas,
qui se nomment eux-mêmes Amazih, a glorieusement figuré dans les événements de
l’histoire romaine, de même qu’aux premiers temps de l’Islamisme. Plusieurs
chefs berbères, en Afrique et en Espagne, fondèrent des dynasties renommées qui
ont eu leur histoire dans Ibn Khaldoun ».
Les hommes qui ont écrit l’histoire après la conquête
masculine ont volontairement laissé dans l’ombre tout ce qui pouvait faire
retrouver le régime antérieur. Ils n’ont pas voulu mentionner les régions où
s’étaient réfugiés les Touareg, et longtemps on crut qu’il n’y avait là qu’un
désert de sable, le fond d’une ancienne mer, mais tout cela a été mis à néant
depuis les explorations modernes.
Les Touareg