Suite :
L’analyse est ici autrement plus cinglante, à moins qu’elle ne soit plus lucide. Selon Castel, le caractère de plus en plus évidemment inéluctable de la fin de l’humanité en modifie la signification : après tout, pourquoi ne pas profiter à fond des ultimes ressources qui nous restent puisqu’il est déjà trop tard pour les sauver ? N’est-ce pas notre dernière chance de jouir de ce monde, quitte à en précipiter la fin ? Avant la fin des temps, prophétise-t-il, les derniers hommes vont s’en donner à cœur joie pour tirer un maximum de profit du peu temps qu’il leur reste et se livrer à ce qu’il appelle une « ivresse extatique de la destruction » : « plus la fin sera certaine, donc proche, plus la dernière jouissance qui nous restera sera la jouissance du Mal ». Ce « Mal qui vient », ce n’est donc pas tant celui de la fin des temps que celui du temps qui la précédera, comme dans un Jardin des délices où tout devient permis. Et au diable les générations futures qui n’existeront pas ou seront encore pires !