Les philosophes Grecs s’étaient déjà emparés du débat sur la part de l’inné et de l’acquis, et il est vrai que les récents progrès scientifiques conduisent à élargir le champ du premier au détriment du second. Sur l’idée générale, Sarkozy n’aurait alors pas tout à fait tort. Il appartiendra aux scientifiques de le confirmer ou de l’infirmer.
Mais même si on accepte la thèse du déterminisme génétique, cela ne prédestine nullement l’individu x ou y, et chacun de nous conserve une petite part de liberté au sein d’un environnement qui nous emprisonne et nous détermine : lois physiques (physique, biologie...), lois sociales, éducation...
Le paradoxe de l’Homme vient de ce qu’il peut avoir conscience de ses déterminations, et les contourner. L’Homme ne sait pas voler, mais il construit des avions. Des individus ont un foie, un rein, un cœur (...) plus ou moins sensibles, mais il existe des traitements préventifs ou curatifs. L’Homme est un être agressif, cette agressivité se transforme parfois en violence, mais notre conditionnement social nous interdit de frapper notre voisin pour un oui ou pour un non. Des adeptes d’arts martiaux (notamment un chercheur du CNRS) parviennent même à abaisser la température de leur corps de plusieurs degrés, par la simple volonté.
De même, nous savons aujourd’hui - notamment grâce à Boris Cyrulnik - que les personnes dont nous pouvons potentiellement tomber amoureux sont déterminées par un certain nombre de facteurs : amours de jeunesse que l’on cherche à reproduire, endogamie sociale, capacité supposée à enfanter... et phéromones (cela reste à confirmer). D’une part, ces facteurs déterminants offrent une infinité de variantes, d’autre part, ils sont conjugués à des facteurs indéterminés : hasard de la rencontre, réceptivité à la rencontre... Au final, le scientifique ne remplacera pas le poète.
Le déterminisme génétique, si sa réalité est confirmée, ne remettra donc pas en cause notre capacité à nous réaliser en tant qu’individu unique et indéterminé. Sauf...
... Sauf si des hommes politiques à l’indigence intellectuelle projettent de donner une base scientifique à une idéologie qui ne le serait pas. Nous avons ici tous les ingrédients du syllogisme et de la manipulation. Cela n’étonnerait guère les lecteurs de Terre Champ de Bataille de L. Ron Hubbard, fondateur de la scientologie.
Il apparaîtrait donc extrêmement dangereux et irresponsable de confier le pouvoir à un homme qui croirait la destinée de chacun fixée dans le marbre.