Si par le passé c’est la question « Sommes-nous trop nombreux ? » qui
inquiétait Thomas Malthus et d’autres, aujourd’hui nous devrions nous
interroger de l’exact inverse : « Sommes-nous et serons-nous assez
nombreux ? ». Car dans un futur proche, c’est bien l’enjeu auquel
l’humanité devra faire face. Si ce constat peut paraître contre-intuitif
à première vue, il s’avère pourtant réel : sur le court-terme, la
population mondiale va continuer à croître, mais la dynamique va se
renverser, et la planète se vider. Selon Bruno Tertrais[1]
« la population mondiale vit une transformation sans précédent :
vieillissement des pays occidentaux, urbanisation effrénée,
accroissement rapide de la population africaine, mais aussi
ralentissement de la croissance démographique et baisse de la
fécondité ». La fin de la transition démographique[2] est à portée de vue !
Sans immigration, l’Europe serait aujourd’hui déjà un continent en
« dépeuplement » : un continent qui se vide. Le constat peut être affiné,
car c’est surtout dans les pays du Sud et de l’Est que le bilan est
alarmant, leur indicateur conjoncturel de fécondité (ICF)[3]
est largement en dessous du taux qui permet de renouveler les
générations (nombre moyen d’enfants par femme nécessaire pour que chaque
génération en engendre une suivante de même effectif). Rappelons qu’il
faut atteindre environ 2,1 enfants par femme pour l’atteindre. L’Italie,
l’Espagne et les autres sont à peine aux alentours de 1,3. Dans les
pays du Nord et en France (1,8) l’ICF fait de la résistance, notamment
pour des raisons culturelles qui font que ces pays sont plus ouverts sur
le plan des mœurs.
Dans les prochaines décennies, la population d’une
cinquantaine de pays va décliner. Le vieillissement de la population va
redistribuer les cartes et mettre certains pays face à des problèmes
difficiles à surmonter au vu de leur modèle de gouvernance. Le bilan
terne de l’Europe peut être transposé à la Russie et au Japon, qui font
et vont faire face à un déclin démographique conséquent. Bruno Tertrais
précise que « sur le plan géopolitique, la taille de la population reste
une condition nécessaire, bien que non suffisante, pour être une grande
puissance ». (p.46)
https://blogs.letemps.ch/nicolas-jutzet/2021/08/23/le-choc-de-la-decroissance-demographique/