Tissage, Livres, Première Écriture et Imprimerie
« Le tisserand, quel beau nom ! Y a-t-il occupation plus sacrée que la sienne ? Au métier du temps qui bruisse, l’esprit de la Terre s’est assis pour tisser le vêtement vivant de la Divinité. Devenir, c’est tisser ! Sous le frêne du monde, les Normes se sont assises pour tisser le fil de la destinée. Ô navette, toi, du moins, tu suis le chemin que tu dois suivre ! Avançant et reculant. Jusqu’à ce que la robe soit terminée. Tu es le symbole du cercle que toute activité individuelle doit parcourir ! C’est pourquoi les hommes, quand ils parlaient latin, t’ont appelée radius. (Otto Rahn)
Les livres traditionnels sont fréquemment désignés par des termes qui, dans leur sens littéral, se rapportent au tissage. Ainsi, en sanscrit, sûtra signifie proprement « fil » : un livre peut être formé par un ensemble de sûtras, comme un tissu est formé par un assemblage de fils ; tantra a aussi le sens de « fil » et celle de « tissu », et désigne plus spécialement la « chaîne » d’un tissu. De même, en chinois, « king » est la « chaîne » d’une étoffe, et « wei » est sa « trame » ; le premier de ces deux mots désigne en même temps un livre fondamental, et le second désigne ses commentaires. Cette distinction de la « chaîne » et de la « trame » dans l’ensemble des écritures traditionnelles correspond, suivant la terminologie hindoue, à celle de Shruti, qui est le fruit de l’inspiration directe, et de la Smriti, qui est le produit de la réflexion s’exerçant sur les données de la Shruti.
Pour bien comprendre la signification de ce symbolisme, il faut remarquer tout d’abord que la chaîne, formée de fils tendus sur le métier, représente l’élément immuable et principiel, tandis que les fils de la trame, passant entre ceux de la chaîne par le va-et-vient de la navette, représentent l’élément variable et contingent, c’est-à-dire les applications du principe à telles ou telles conditions particulières. D’autre part, si l’on considère un fil de la chaîne et un fil de la trame, on s’aperçoit immédiatement que leur réunion forme la croix, dont ils sont respectivement la ligne verticale et la ligne horizontale ; et tout point du tissu, étant ainsi le point de rencontre de deux fils perpendiculaires entre eux, est par là même le centre d’une telle croix. Or, suivant ce que nous avons vu quant au symbolisme général de la croix, la ligne verticale représente ce qui unit entre eux tous les états d’un être ou tous les degrés de l’Existence, en reliant leurs points correspondants, tandis que la ligne horizontale représente le développement d’un de ces états ou de ces degrés. Si l’on rapporte ceci à ce que nous indiquions tout à l’heure, on peut dire, comme nous l’avons fait précédemment, que le sens horizontal figurera par exemple l’état humain, et le sens vertical ce qui est transcendant par rapport à cet état ; ce caractère transcendant est bien celui de la Shruti, qui est essentiellement « non-humaine », tandis que la Smriti comporte les applications à l’ordre humain et est le produit de l’exercice des facultés spécifiquement humaines.
Aussi, faisons remarquer ceci : si l’on regarde dans la langue des Oiseaux, et que l’on écrit les mots « HOMME » et « FEMME », la première chose que l’on constate, c’est qu’il n’y a que les deux premières lettres qui changent.
Le « M » veut dire « la Création » et le « E » c’est « le Monde ». Les lignes horizontales figurant, de bas en haut, dans la lettre E, c’est d’abord le matériel, puis le spirituel et enfin le divin, toutes trois reliées à une ligne verticale représentant l’Unité. C’est pour ça que le E c’est le Monde. D’ailleurs, si l’on retire la « matière » du E (du monde), il reste le « F », le « Feu ».
Donc, ça veut dire que la Femme, c’est le « F » (le « Feu ») et le « E » (le Monde). Donc, c’est la Femme qui amène le Feu dans le Monde, c’est-à-dire l’Esprit, le « Spiritus ». C’est pour ça que la Femme est toujours l’intercesseur entre les hommes et les Dieux.
Aussi, quand l’homme s’est rendu compte que c’était un pouvoir, il l’a pris pour lui. Mais à l’origine, ce sont les femmes qui sont l’intercesseur, voire les Vesta, les Pythies, etc.
Dans le mot « HOMME », le « H » c’est l’Équilibre et le « O » c’est le Corps et l’Esprit ; l’élément O est le corps dans la totalité.
En conclusion, le principe est le suivant :
« FE » c’est la Femme qui fait descendre le Feu (F) dans le Monde (E) ;
« HO » c’est l’Homme qui récupère ce Feu, fait l’Équilibre (H), et grâce à son Corps et son Esprit (O), le met dans la Matière.
Autrement dit : dans le Monde, la FEmme amène le « Feu » et l’HOmme « a chaud ».
La première écriture, la proto-graphie, fut universelle comme la première langue fut universelle.
Tous les vestiges archaïques se ressemblent.
L’écriture fut d’abord formée de signes idéographiques.
Il est si naturel que l’écriture ait été, au début, la représentation d’une idée par un dessin, d’un objet par l’image de l’objet, qu’on ne conçoit même pas que cela ait pu commencer autrement.
D’autant plus que ce système d’écriture existe encore dans certains pays, notamment en Chine.
Mais il restait à savoir comment l’écriture idéographique est devenue alphabétique.
Une des choses qui ont le plus frappé les premiers humains, c’est la différence des sexes. Il est bien certain qu’ils ont représenté le garçon par le signe « I » et la fille par le signe « O » ; et ces deux signes primordiaux qui ont servi à désigner le masculin et le féminin sont l’origine des lettres ; ils sont arrivés, en se modifiant de différentes manières, à former l’alphabet. Les lettres sont faites de « I » et de « O » combinés.
Le système d’écriture ionien, en les combinant de 25 manières, en forma un alphabet, le même dont nous nous servons.
Quand la pudeur sera née, beaucoup plus tard, on dira que ces deux signes représentent une baguette et une bague.
Le cercle et le diamètre, qui forment le 10 sacré, représentent également le principe mâle et le principe féminin.
Aujourd’hui, nous trouvons encore, et partout, ce hiéroglyphe contenu dans le « symbole power » (On/Off), cette icone qui permet de changer l’état d’un appareil électronique.
L’imprimerie est connue de temps immémorial en Chine. Des témoignages incontestables établissent que les Chinois avaient des imprimeries au 3ème siècle de l’ère chrétienne, et même, suivant quelques auteurs, plus de 300 ans avant J-C. Ils commencèrent par graver des blocs de pierre ; une fois ces blocs gravés, ils les noircissaient avec une encre très grasse et y appliquaient une feuille de papier. Par cette méthode, ils obtenaient des caractères blancs sur un fond noir. De ces premiers essais à la gravure en relief, il n’y avait qu’un pas. Ils le franchirent et employèrent des planches d’un bois très dur, sur lesquelles ils découpèrent autant de caractères que le format de leur papier en pouvait contenir : ils obtinrent ainsi des épreuves stéréotypées. Ce genre d’impression tabellaire est désigné chez eux sous le nom de mon-pas.
Disraeli prétend, dans ses Curiosities of literature, que les grands hommes, chez les Romains, ont eu connaissance de l’imprimerie, mais que, par crainte des idées de liberté que cette invention eût inévitablement données au peuple, ils l’avaient cachée à celui-ci. Un Roumain, M. Adrian Diaconu, croit pouvoir attribuer la découverte de l’imprimerie aux Romains, et en particulier à la quatrième légion Flavia Félix, qui stationnait, dans la Dacie. Quoi qu’il en soit, un passage du traité de la Nature des Dieux fait conjecturer que Cicéron avait entrevu le procédé de l’imprimerie. En outre, on trouve la recette complète de l’encre d’imprimerie dans le Traité des matières médicales de Dioscoride, écrit au premier siècle. Les Grecs et les Romains connaissaient d’ailleurs les sig ou types mobiles, et leurs potiers employaient des lettres placées dans un composteur.
Rappelons que c’est pour empêcher que l’antiquité soit connue que, après avoir brûlé les bibliothèques, on a empêché la publication des livres nouveaux ; et, pour atteindre plus sûrement ce but, on entrava la propagation d’un art déjà connu : l’imprimerie.
« Le latin et le français offrent ce jeu de mots lumineux entre « livre » et « libre » (liber), et on comprend qu’à la Renaissance où la soif de connaître fut sans bornes le Livre fût un symbole majeur, entre l’Épée du guerrier et la Fleur de l’amour. » (J. Kelen, L’éternel masculin)
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