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Luniterre Luniterre 25 janvier 03:07

« Les destructeurs de civilisations, les fascistes et les lâches qui orchestrent ces drames sont, au sens propre, des agents de l’entropie. »

 

Vouloir parler de l’entropie d’un point de vue anthropologique et même « humain » au sens le plus courant et positif du terme, pourquoi pas, mais c’est une démarche ambigüe et pourvoyeuse de contresens multiples, vu que précisément l’entropie est fondamentalement un phénomène physique qui conditionne l’ensemble de l’univers et de son évolution, et surtout lié à la flèche du temps, et que l’on ne saurait inverser, aussi « relatif » que soit le temps.

 

Parler de l’entropie comme facteur de « désordre » est un raccourci simplificateur commode pour la vulgarisation mais assez faux en pratique, voire complètement faux : l’entropie fait par exemple évoluer l’état d’un gaz dans un réservoir vers un équilibre, en terme de répartition et de mouvement des molécules qui est précisément considéré comme un état d’équilibre maximum dans les conditions de ce réservoir. Autrement dit un ordre « différent » de son ordre au moment du processus de remplissage du réservoir, mais qui n’est aucunement une forme de « désordre ». Simplement un ordre différent.

 

Plutôt qu’un mouvement vers le désordre, l’entropie est un mouvement vers un équilibre qui réduit les possibilités d’évolution d’un système, mais ce sont en réalité plutôt les possibilités d’évolution d’un système qui naissent de son chaos originel et du mouvement des éléments à priori chaotiques, mais qui trouvent provisoirement un « ordre » qui n’est jamais qu’un « passage » dans le mouvement universel de l’entropie vers l’ « ordre » universel et plus ou moins « final »au sens de la « mort » de l’univers, c’est-à-dire d’un état plus ou moins « statique » ou avec très peu de possibilités de mouvements significatifs.

 

C’est aussi pourquoi la vie biologique n’est elle-même qu’un « passage » dans le cours du temps, vers l’entropie maximum universelle, le relatif « repos universel » au sens physique d’un univers « mort » selon nos critères biologiques et humains actuels.

 

La vie est comme toutes choses d’abord « énergie » et elle ne peut donc pas ne pas la disperser, même si elle semble commencer d’abord par l’accumuler : les deux fonctions sont indissociables mais c’est la fonction « dispersion » qui fait le « sens de la vie » à plus d’un titre, et au sens propre, physique, comme au sens figuré, mental, surtout pour ce qui nous concerne en tant qu’être humains.

 

Dotés, contrairement au reste de l’univers, de notre supposé « libre arbitre », nous pouvons choisir de disperser notre énergie d’une manière ou d’une autre, mais nous ne pouvons pas décider de ne pas la disperser : d’une manière ou d’une autre, la nature s’en chargera…

 

Et nous ne dispersons jamais que l’énergie que nous « empruntons » à notre milieu, à notre biotope économique et social, et que nous utilisions notre libre arbitre ou non pour choisir l’art et la manière, du point de vue global de l’évolution ce n’est jamais qu’un « incident » parmi tant d’autres du chaos universel qui mène à l’équilibre « final » de l’entropie maximum.

 

La guerre est à la fois un « raccourci » et une « accélération » de l’entropie, mais elle n’est pas plus « contre nature » qu’une tempête, un séisme, un tsunami ou un incendie de forêt. La seule différence ne réside que dans l’utilisation ou non de notre libre arbitre « humain » dans la genèse et/ou la solution du conflit.

 

Le phénomène humain n’est donc qu’un « moment », un « passage », parmi d’autres, de l’entropie, comme l’est plus généralement la vie biologique et l’ensemble des phénomènes pris dans le cours de l’évolution universelle.

 

Avec plus de « sagesse » et d’usage plus intensif de notre libre arbitre nous pourrions éventuellement le faire durer un peu plus longtemps et plus « pacifiquement » sur la planète, mais cela ne saurait être considéré comme plus « naturel » que le chaos actuel, et même bien au contraire : de même que la rivière emprunte spontanément la pente la plus rapide sans en avoir pour autant la moindre conscience, l’énergie, d’une manière plus générale, emprunte les voies de la dispersion qui sont immédiatement les plus efficaces et la vie biologique, avec toute son évolution qui passe par l’espèce humaine, voire même, se termine avec elle, est l’une de ses voies les plus efficaces.

 

A terme, on ne peut évidemment pas « sauver la planète » de son destin cosmique inéluctablement entropique : on peut seulement éventuellement, et tout à fait « contre nature », en réalité, ralentir un peu la déchéance tout aussi inéluctable du phénomène humain.

 

Ce qui serait déjà une véritable « révolution philosophique », et la seule qui vaille, probablement. Même si elle reste, précisément, improbable : l’instinct « humain » ayant été étant lui-même longuement façonné par l’entropie. Accumuler toujours plus pour disperser toujours plus.

 

Luniterre


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