Détrompez-vous. Si le système que vous décrivez fonctionnait si bien, le RMI appartiendrait au passé et le gouvernement en place n’aurait pas besoin d’un alibi social du genre Martin Hirsch pour y aller de sa petite mesurette (RSA) en faveur de la réinsertion des exclus, mesurette promise au même destin que toutes celles qui ont précédé (CIE, CES, CRE, RMA).
Au fait, M.Borloo a t-il publié un bilan de cette dernière mesure ? Non. Il a sagement évité de nous dire qu’elle s’était soldée par un échec retentissant. Et on passe à la suivante. A laquelle d’autres succèderont.
L’éternel marronnier du « volet insertion »... ou comment s’avouer, et l’avouer aux uns comme aux autres, que l’insertion professionnelle du pan le plus déshérité de notre population ne relève jamais que de la mythologie. Comment insérer quand il n’y a pas de boulot ? Ou qu’il est impossible d’en créer parce que ça coûte cher et qu’on sait ne pas pouvoir attendre de travail de qualité de la part de quelqu’un qu’on n’a pas les moyens de rétribuer décemment ? Quand l’accès à la formation, décrite comme la panacée, se révèle être un véritable parcours du combattant pour quiconque n’a pas occupé d’emploi depuis longtemps, et dont le niveau d’études est insuffisant ? Les entreprises d’insertion ? Fussent-elles gorgées de subventions, elles ne proposent que du petit boulot sous-salarié, bref, de la misère en tranches, des bouts d’emploi, et encore même pas sur la durée. S’ajoutent des problèmes de mal-logement, d’impayés chroniques, d’endettement, de santé, et d’une impossible mobilité. A t-on seulement prévu un dispositif permettant aux RMIstes et autres bénéficiaires de minima sociaux de passer leur permis de conduire à moindres frais ?
Les pis-aller associatifs. Les vains mots majuscules. Les bonnes intentions réitérées à perte de salive. Et cette vieille incapacité de notre archaïque bureaucratie française à produire du concret dès qu’un problème est central, crucial, vital. Incapacité noyée dans la salutaire parlotte.
On refile aux recalés du système à peine de quoi survivre. On se plaint que ça coûte cher à la collectivité (qui contribue déjà, il est vrai, au train de vie princier de ses élus). Les politiciens démagos appellent ça de l’assistanat et nous ressortent à l’occasion la vieille parabole du poisson et de la canne à pêche. Pendant ce temps, rien ne bouge. On en est toujours à inventer de nouveaux noms au sous-emploi et aux demi-salaires. Et l’exclusion en France va sans cesse s’aggravant. Heureusement qu’il y a des bénévoles, se félicite t-on. Et la bonne conscience est sauve, même si rien ne bouge.