Apparemment, ce qui semble fâcher nombre de contradicteurs est le rapprochement de Milton Friedman, théoricien reconnu de l’ultra libéralisme avec Augusto Pinochet, dictateur sanglant du Chili, devenu symbole indéfendable de ces gouvernemnts de junte qui furent familiers à l’Amérique du Sud tout au long du vingtième siècle.
Passons sur la photographie d’illustration qui déchaina les passions et dont la clarté du texte aurait très bien pu se passer. Remarquons au passage que la grossièreté du montage pouvait difficilement faire passer celle-ci pour un document mais plutôt pour un effet de mise en page dont sont coutumiers nos magazines..
Le rapprochement Friedman - Pinochet doit effectivement déranger car il remet en cause une des antiennes des ultra-libéraux, à savoir :
Cette thèse classique, réfutons-la.
Le recours au fascisme n’est que la mise entre parenthèse du libéralisme lorsque celui-ci se trouve incapable d’agir positivement sur l’économie - C’est à dire lorsque la fameuse "main invisiible" se trouve frappée de paralysie. Il n’est pas plus coupé du capitalisme que le recours aux phases type "NEP" mises parfois en place dans les régimes d’économie dirigée de type "soviétiques".
Le régime chilien dérange les tenants de l’ultra libéralisme.. Tout d’abord en raison de la publicité que connut à juste titre cette sanglante dictature, d’autre part parce que le régime confia les rênes de son économie aux "Chicago Boys", jeunes économistes disciples de Friedman et aussi leurs avatars catholiques, les ultra-libéraux de l’Opus Dei.
La contradiction entre la thèse libérale classique, favorable aux "libertés individuelles" et hostile à la "dictature" étatique avec le régime de junte que connut le Chili fut résolu par d’autres théoricien - de l’anti-subversion, ceux-ci - et par leur doctrine dite "de la Sécurité Nationale".
Cette doctrine, prônait la suspension des libertés et le recours à la dictature lorsque la "Subversion" menaçait de faire basculer un pays dans la Révolution. Elle s’appuyait sur ce qu’elle nommait "les forces saines de la Nation" et intégrait dans cette catégorie la Police, l’Armée, les forces répressives en général.
La contradiction de rupture avec la "Démocratie" - régime politique préférentiel des ultra-libéraux était ainsi résolu :
Les gouvernements, qui vont et viennent et sont soumis aux caprices des scrutins, sont ainsi jugés peu fiables. Il convient alors aux "forces saines", ci-dessus citées, qui, elles en général assurent une permanence, de se tenir prête à remplir leur mission, ce que fit la junte d’Augusto Pinochet le 11 septembre 1973.
Par contre, à chacun sa spécialité :
Hors du cone andin, la junte grecque de 1967 et la Turquie du Général Evren eurent aussi comme doctrine officielle ce "libéralisme musclé" mais, dans le cas de la Turquie, l’enracinement kémaliste et son culte de l’Etat eurent moins d’effet que dans le cas du Chili, laboratoire du libéralisme.
On aurait pu aussi rapprocher Augusto Pinochet d’une autre de ses relations, qui l’invitait à chacun de ses passages à Londres à venir prendre un thé en son domicile, la "Dame de Fer" Margaret Thatcher, elle aussi tenante du libéralisme débridé... C’est d’ailleurs à l’occasion d’une de ces visites que le Général eut quelques problèmes avec la Justice..
Mais ceci est une autre histoire.
gAZi bORAt
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