Cela fait bizarre de se retrouver encore ici à tenir le clavier sous cet article, près de 9 ans après l’avoir écrit.
Mais après 19 ans de silence, Pagan est revenu au stylo. Avec « Profil perdu », toujours chez Rivages Noir.
Dans celui-ci comme dans les autres, nous sommes au début des années 80, mais il y a déjà les germes de ce qui nous a depuis éclaté à la gueule. Dans celui-ci comme les autres, on voit bien le sens de la pente et où court ce petit monde ( accessoirement, c’est le notre).
Il y a toujours Schneider, que seul le trench et les amphét .tiennent debout, déjà mort avant que de l’être et qui fait avec rigueur son job de mort vivant, sans compromission. « On ne copine pas. Jamais. Même avec soi-même, même avec le malheur ».
Schneider et son âme éraillée au fuel lourd, tailladée comme des poignets et sa voix goudronnée King Size par le prince Camel.
Dans ce livre, les pourris le sont excellemment, avant de pourrir eux-mêmes comme les autres, sur le chemin de rien du tout.
Et puis il y la belle Cheroquee, juste pour vous faire comprendre, sur le tard ou le trop tard, que la vie aurait pu être fréquentable si on avait lancé les dès autrement.
Chez Pagan, il n’y a que les imparfaits du subjonctifs qui tiennent debout, même sur le carreau blanc cassé d’ une morgue. Une élégance surannée à décrire les baltringues et le destin qui distribue ses torgnioles au petit hasard et de grand matin.
Un jour maybe, dans une autre vie, Pagan écrira un livre pour les midinettes, les bobos de la Bastille et les bien-pensants de permanence. Un livre dans le move pour dire que rien n’est plus important que de manger 5 fruits et légumes par jour, du boire du jus de goyave avant le yoga, que le plus beau dans la vie, c’est le soleil et le vent qui vont te cuire le mélanome (très) malin qui veut déjà ta peau. Un livre ou les femmes et les illusions reviendraient avant même d’être parties.
Mais les plus malins d’entre vous l’auront compris, Pagan n’ est pas près de l’écrire, ce livre.
Enjoy...