
La guerre de la Fronde, qui contraria ses études, servit beaucoup à son caractère. (...)On ne parlait que de l’arracher à la reine sa mère. L’événement d’un combat pouvait le rendre prisonnier de courtisans rebelles qui lui auraient dicté des ordonnances pour proscrire sa mère. Il avait près de dix ans quand la guerre de la Fronde commença ;(...)
Vaine et fausse querelle, en vérité, relevant d’un schéma historique dépassé, dans la mesure où thuriféraires et détracteurs du " Grand Roi " nous renvoient tous deux à un modèle conventionnel, stéréotypé, largement mythique, (...) A l’admirable ordonnancement des jardins à la française répondrait l’irrésistible ascension de l’" absolutisme ", ce grand mot vide et sonore qui, soit dit en passant, ne fit son apparition qu’en 1797, pour qualifier un état post mortem bien difficile à cerner.
La vérité, plus modeste, n’a que peu de rapports avec ces images d’Epinal. Les recherches historiques les plus récentes ont montré en effet qu’après la tragédie de la Fronde, marquée par l’agitation des gens de robe longue et la révolte des Grands, (...) La France, agrégat de peuples désunis, selon la formule célèbre de Mirabeau, foisonnante de diversités, hérissée de privilèges et de franchises (...) a opposé au pouvoir royal, représentant bon an mal an la force modernisatrice de l’Etat, de violentes résistances. Dans ce combat rien n’était joué d’avance.(...)
Le roi ? Passons sur son aspect physique, bien connu, qu’ont rendu, à des âges divers, (...)Louis était grand, même sans perruque ni talon. Il dépassait, nous dit Mme de Motteville en 1660, d’une tête le cardinal Mazarin et don Luis de Haro qui étaient gens de bonne taille. Il avait, selon un contemporain, cinq pieds huit pouces : 1m 84.
De sa mère, Anne d’Autriche, il reçut une stricte éducation morale, contre laquelle d’ailleurs il se rebellera. Sa jeunesse ne nous a pas laissé l’image d’un élève particulièrement studieux. Aux études livresques il préférait la danse, la musique, les exercices au grand air, la chasse. La Fronde lui a fait connaître la guerre civile, l’ambition frénétique, la versatilité des princes et des Grands, l’errance, la misère, les draps humides et troués, les aubes glaciales de Saint-Germain. Elle a été pour lui une dramatique mais extraordinaire leçon de choses, une école de l’adversité, dont le Premier ministre, Mazarin, surintendant de son éducation, sut lui faire prendre toute la mesure. C’est " sur le terrain ", comme on dirait aujourd’hui, dans les carrosses brimbalant à travers les campagnes dévastées, qu’il a fait son éducation politique et forgé son caractère.(...)
L’intelligence ? On connaît le qualificatif de Saint-Simon : " au-dessous du médiocre " ! Jugement cruel et injuste ! Ce n’était certes pas un surdoué au génie tumultueux et bondissant, mais un homme capable de raisonnements pertinents, empli de bon sens, doté de surcroît d’une mémoire prodigieuse. On ne saurait moins encore mettre en doute le courage physique dont il fit preuve toute sa vie, à la guerre comme dans les maladies. En 1686, lors de son opération de la fistule, effectuée naturellement sans anesthésie, il ne donne aucun signe de faiblesse. " Mon Dieu ! Mon Dieu ! " soupire-t-il seulement au plus fort de la douleur.(...) ""
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