La question d’être doué ou pas n’est pas primordiale dans ce questionnement. Il ne s’agit pas de se déclarer plus intelligent en rejettant le nationalisme. Il ne s’agit pas non plus d’une question de capacités intellectuelles, qui seraient supérieures à celles des autres. C’est à la portée de tout le monde de comprendre ce qu’est le nationalisme, car en fait il s’agit de quelque chose de très simple. Pourquoi est-ce que j’adhère à une nation ? Et bien en fait, tout d’abord, parce que je n’ai pas eu le choix. J’ai été éduqué comme cela. Très tôt l’on m’a inculqué l’idée que j’étais français et que cette étiquette est naturelle, du fait que je vive en France. Accompagné par cela, il y a cette idée qu’être français, c’est un avantage incroyable par rapport à d’autres nationalités, dans lesquels par exemple la vie est beaucoup plus difficile, et dans lesquels la sécurité n’est pas assurée pour tous les citoyens, et ou les conditions de vie sont très aléatoires. Et d’une certaine façon, cela est vrai : vivre en France est un privilège comparé à la vie dans d’autres pays. Cela n’est pas nié par l’auteur de l’article. Mais la question ne se situe pas là, il ne s’agit pas de se comparer à tels ou tels autres citoyens vivant dans telle ou telle autre nation. La vérité est que nous sommes identifiés à notre nation, par un lent conditionnement multiséculaire et perpétué par l’éducation et la société dans son ensemble. Ce conditionnement national est à la fois un outil de cohésion pour le système politique en place qu’un outil de contrôle sur les esprits pour ce dernier, en cas par exemple de guerre, donnant à l’appareil d’état tout pouvoir sur les citoyens au regard des questions de sécurité nationale. En fait, la nation a pris une importance telle que le citoyen n’est plus devenu qu’une composante insignifiante de ce système qu’est la nation. Ainsi en cas de péril national, ce n’est pas le citoyen qui est prioritairement protégé par la nation elle-même, et la maintenance de son système administratif et de gestion. Les citoyens ne viennent qu’après cela. Aussi un système créé par la pensée et perpétué en tant que tel a pris une importance prédominante sur les personnes elles-mêmes, qui sont devenues des composantes oeuvrant pour le bon fonctionnement de ce système. La multiplication des nations et la généralisation de ce système à l’ensemble de la planète aboutit à une multitude d’entités séparées, de systèmes séparés, en lutte, en compétition ou en collaboration partielle et plus ou moins temporaire les unes avec les autres. L’individu dans cet ensemble n’est plus rien. L’enfant qui naît au monde aujourd’hui ne pèse pas grand chose dans ce vaste système mécanique d’intérêts fragmentés et contradictoires, et aussi les nations formatent les individus à la pensée nationale, ou multinationales. L’éducation n’est jamais globale, et pourtant nous vivons dans un monde global. L’éducation dite nationale peut ainsi produire des personnes très performantes dans certains domaines, très douées techniquement, mais sans ce sens de la globalité, qui n’a rien à voir avec les nationalités et toutes leurs divisions, pas plus que les religions et toutes leurs divisions, l’action de ces personnes restera toujours fragmentée et participant au désordre général qu’est la vie des nations à l’heure actuelle.