@Léon,
Une fois de plus, je répète que ce n’est pas le symbole religieux qui me gêne et qui rentre effectivement dans le cadre de la liberté de conscience, mais le symbole machiste. Le symbole d’enfermement des femmes. Et sur ce point il n’y a pour moi aucun compromis possible.
J’entends bien votre argument, et je ne pense pas un instant que vous puissiez le faire dans un acte purement de discrimination ; je connais un tant soit peu vos positions, mais je ne crois pas un instant que vous puissiez penser animé par des idées discriminatoires.
Pour ce qui concerne la conditions des femmes au sens large, vous, qui comme moi, vivez dans le sud de la France, avec son influence latine, savez qu’il ne suffit pas de porter un voile pour mettre en évidence le traitement qui est réservé à leur égard. Ce sont des conditions que je combat quasiment chaque jour.
C’est déjà tellement difficile d’obtenir des progrès dans la condition des femmes en faisant des lois car les moeurs arrivent à les contourner en douce, que je trouve inacceptable que l’on affiche ainsi ce symbole sans réagir. La République, aussi tolérante soit-elle, a des lois, impose des règles, des obligations. Une démocratie peut tout accepter, mais jusqu’à un certain point seulement. Cette limite ce sont précisément les comportements en contradiction avec ses fondements. Il faudra que l’on me dise quelle cause a plus d’importance que la dignité et la liberté de la moitié de la population humaine ?
Honnêtement, je vous direz que la conditions des femmes est avant tout un problème culturel, pas seulement chez les musulmans, mais dans toutes les sociétés baties sur un principe patriarcal. Je ne me fie pas uniquement à l’apparence, mais aux faits. Il existe des femmes voilées qui le font parce que leur interprétation des textes religieux qu’elles suivent leur indique que c’est un comportement conforme à l’attente de ces préceptes religieux ; ce n’est pas le cas de toutes.
Je ne crois pas un seul instant que nous puissions changer les mentalités par des lois ; au contraire même. Les femmes voilées ont un message à faire passer, quand cela est volontaire mais surtout, quand cela est forcé ; ce que je ne nie pas. Interdire le port du voile consiste tant à interdire à certaines d’avoir droit à la liberté de conscience (celles qui font le choix de le porter) et à ne pouvoir repérer les cas de traitement inégalitaire (celles pour lesquelles ce port est forcé). En fait, nous perdons deux éléments principaux.
Si vous parvenez à me convaincre qu’une loi permettra d’empêcher ce que vous dénoncez dans la vie privée des femmes portant le voile, alors peut-être pourrais-je être plus radical. Mais actuellement, je ne suis persuadé en rien qu’une législation, dont l’un des effets de bord serait de restreindre la liberté de conscience de certaines musulmanes, apportera une vraie liberté des femmes actuellement soumises dans leur environnement personnel. Je pense justement qu’une loi en ce sens consisterait à fermer les yeux sur leur condition de vie intime avec, en prime, les effets néfastes vis-à-vis des femmes qui font ce choix. En fait cela consiste à se donner bonne conscience, mais en aucun cas à résoudre le problème de fond qui n’existe pas uniquement pour les musulmans, faut-il le rappeler.
Il existe certes des signes qui peuvent laisser croire à de la soumission, mais il existe une soumission sans signe distinctif qu’il est aujourd’hui difficile à repérer.