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Naja Naja 2 décembre 2008 11:51

	 	

Bonjour,
 
Suite à de nombreux commentaires que j’ai lu sur ce que veulent les victimes, la sympathie qu’elles reçoivent, ce que les uns voudraient que la justice fasse et ce que les autres décideraient de faire eux-même, je tiens à réagir en tant que victime (de crimes  : viols dans mon enfance et adolescence). Etant donné que je ne me reconnais, comme bien souvent, dans quasi aucune de ces supposées réactions.
Je suis consciente que mon commentaire est hors sujet de l’article, qui traite d’une décision de "justice" en Iran, sujet qui recouvre bien d’autres questions. Mon intervention porte sur une partie du débat seulement.
 
Exemple de réactions parmi d’autres, COLRE dit  : "La victime (sauf exception) crie vengeance."
 
Je ne ne crie pas vengeance et je ne suis pas une exception.
Il me semble que l’idée selon laquelle les victimes seraient nécessairement assoiffées de haine vengeresse relève du préjugé. Pour échanger régulièrement avec d’autres victimes (mêmes types de crimes), j’ai remarqué que nous étions peu nombreuses à souhaiter la vengeance, du moins de façon durable. C’est un désir qui semble être plus prononcé parmi les proches des victimes (quand ils ne dénient pas les faits ou leur gravité, ce qui est le plus courant).
J’en conclus, peut-être à tort, que cette idée reçue découlerait de ce que les personnes non-victimes projettent qu’elles ressentiraient si elles l’étaient... sauf que de ce que je vois (ici et ailleurs), l’identification se fait davantage avec les proches de victimes que les victimes elles-même.

Par ailleurs, je signale que nous ne récoltons pas non plus spécialement la sympathie d’autrui. Les réactions face à la connaissance de ce que nous avons subi vont classiquement de l’incrédulité insultante à la condescendance en passant par l’agressivité et la commisération (qui n’est pas l’empathie).
Là aussi je m’interroge sur l’origine du préjugé qui laisse penser que nous sommes soutenues, choyées (trop selon certains), prises en considération (trop, à nouveau). Je me dis qu’il provient sans doute en parti des émois collectifs que certains faits divers suscitent et qui font naturellement supposer que c’est ainsi que l’entourage d’une victime réagit nécessairement. Mais non, être téléspectateur n’est pas être proche de victime. Confronté à une réalité impensable, les bons sentiments et la générosité s’effacent bien souvent devant l’angoisse et la peur lesquelles provoquent des comportements opposés à la supposée empathie ou colère passionnelle.

Pour ce qui est des attentes des victimes envers la justice maintenant  :
 
Pour ma part, c’est la reconnaissance de ce que j’ai subi dans toute sa gravité qui m’importe. Peut-être n’est-ce pas évident pour chacun, mais oui, la reconnaissance est bien une réparation en soi... et son absence un préjudice. Elle comprend la reconnaissance de la culpabilité des criminels et celle de la gravité de leurs forfaits. Et à mon avis, elle n’est en fait pas liée à une sentence punitive.
De ce que je comprends de la justice, la condamnation ignore les victimes, pour ne servir que des buts collectifs  : affirmation de la valeur des lois par condamnation de leur transgression et nécessité de protection des citoyens par mise à l’écart des individus dangereux... en attendant qu’ils s’amendent... si tant que la société se donne les moyens de poursuivre ce but. De fait, je n’ai rien à attendre en terme de réparation du sort réservé à mes agresseurs, qui ne me concerne pas. Je pourrais en attendre quelque bienfait si l’un des buts d’une condamnation était d’amener le criminel à s’amender auprès de sa victime, mais dans notre système ce n’est pas (plus ?) le cas.
Partant de là, si la justice me traitait décemment, que les crimes que j’ai subi étaient qualifiés correctement dans le code pénal (ce n’est pas le cas) et mes agresseurs reconnus coupables de les crimes pour ce qu’ils sont réellement, je vois difficilement ce que je pourrais attendre de plus. Personne ne pourra me rendre tout ce qui m’a été volé ou dont j’ai été privée. C’est trop tard, je n’ai pas d’autres choix que de faire sans. De même, rien de changera mon passé, et là non plus, je n’ai pas d’autres choix que de faire avec.
 
J’ajoute que la vengeance, ou loi du Talion, ne me serait en rien bénéfique, au contraire. Le désir de vengeance enferme dans la haine, laquelle perpétue le lien à mes agresseurs dont j’aspire à me libérer.
Alors quand je lis que des commentaires du genre "si quelqu’un violait mes filles, je le tuerais" ou pire encore les demandes de rétablissement de la peine de mort, je ne peux que faire remarquer que ces réactions ignorent et/ou méprisent les victimes (pourtant supposées être les enfants du lecteur...).
Le plus troublant est qu’à mon avis les personnes qui parlent de se venger de crimes perpétrés contre leurs enfants s’imaginent probablement en toute bonne foi qu’ils le feraient pour ces derniers. Je les invite à réfléchir plus sincèrement à aux questions suivantes  : De quoi se vengeraient-ils sinon leur propre douleur ? De quoi se défouleraient-ils à part de leur propre haine ? De quoi leur enfant auraient le plus besoin : d’un parent qui les soutient, ou d’un parent criminel et en prison ?
Si quelqu’un se mettait en tête de me venger (des années après dans mon cas), je le vivrais un préjudice supplémentaire. Je me sentirais totalement oubliée par ce geste qui ignore son égoïsme. Peu de choses me révolteraient davantage que de voir des actes que je réprouve accomplis en mon nom. Enfin, cela reviendrait à me priver de mon droit à demander réparation en justice, comme je l’entends.
 
Cordialement,
Naja
 

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