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maharadh maharadh 23 février 2009 17:58

Ils ont voté  ! Troupeau que la peur mène paître

 Entre le sacristain et le garde champêtre,

 Vous qui, pleins de terreur, voyez, pour vous manger,

 Pour manger vos maisons, vos bois, votre verger,

 Vos meules de luzerne et vos pommes à cidre,

 S’ouvrir tous les matins les mâchoires d’une hydre ;

 Braves gens, qui croyez en vos foins, et mettez

 De la religion dans vos propriétés ;

 Âmes que l’argent touche et que l’or fait dévotes

 Maires narquois, traînant vos paysans aux votes

 Marguilliers aux regards vitreux ; curés camus

 Hurlant à vos lutrins : Doemonem laudamus  ;

 Sots, qui vous courroucez comme flambe une bûche ;

 Marchands dont la balance incorrecte trébuche ; […]

 Invalides, lions transformés en toutous ;

 Niais, pour qui cet homme est un sauveur ; vous tous

 Qui vous ébahissez, bestiaux de Panurge,

 Aux miracles que fait Cartouche thaumaturge

 Noircisseurs de papier timbré, planteurs de choux,

 Est-ce que vous croyez que la France, c’est vous,

 Que vous êtes le peuple, et que jamais vous eûtes

 Le droit de nous donner un maître, ô tas de brutes ?

 

 

 Ce droit, sachez-le bien, chiens du berger Maupas ,

 Et la France et le peuple eux-mêmes ne l’ont pas.

 L’altière Vérité jamais ne tombe en cendre.

 La Liberté n’est pas une guenille à vendre,

 Jetée au tas, pendue au clou chez un fripier.

 Quand un peuple se laisse au piège estropier,

 Le droit sacré, toujours à soi-même fidèle,

 Dans chaque citoyen trouve une citadelle ;

 On s’illustre en bravant un lâche conquérant,

 Et le moindre du peuple en devient le plus grand.

 Donc, trouvez du bonheur, ô plates créatures,

 À vivre dans la fange et dans les pourritures,

 Adorez ce fumier sous ce dais de brocart,

 L’honnête homme recule et s’accoude à l’écart.

 Dans la chute d’autrui je ne veux pas descendre.

 L’honneur n’abdique point. Nul n’a droit de me prendre

 Ma liberté, mon bien, mon ciel bleu, mon amour.

 Tout l’univers aveugle est sans droit sur le jour.

 Fût-on cent millions d’esclaves, je suis libre.

 Ainsi parle Caton . Sur la Seine ou le Tibre,

 Personne n’est tombé tant qu’un seul est debout.

 Le vieux sang des aïeux qui s’indigne et qui bout,

 La vertu, la fierté, la justice, l’histoire,

 Toute une nation avec toute sa gloire

 Vit dans le dernier front qui ne veut pas plier.

 Pour soutenir le temple, il suffit d’un pilier ;

 Un Français, c’est la France ; un Romain contient Rome,

 Et ce qui brise un peuple avorte aux pieds d’un homme.

VICTOR HUGO


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