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Ecométa Ecométa 6 décembre 2009 11:05

En réaction à une réaction, vous écrivez : « La science fonctionne comme le type qui cherche ses clés sous le lampadaire parce que c’est éclairé… plus précisément, la science ne trouve que là où elle cherche »

Le problème c’est que vous oubliez de donner le début de l’histoire, car c’est bien une histoire, et que vous ne prenez que ce qui vous intéresse, en oubliant de préciser les protagonistes de cette histoire, un « ivrogne » ayant perdu ses clé et un « passant », bon samaritain, qui l’aide à les chercher !

Au bout d’un moment le passant s’impatiente légèrement : On fouille déjà depuis un bon quart d’heure et je commence à croire qu’il n’y a rien du tout !

Et l’ivrogne de préciser : C’est normal, mes clés sont tombées là-bas, au bout de la rue, mais comme ici c’est éclairé…

En fait vous utilisez très mal cette histoire qui est connue comme étant le syndrome de l’ivrogne cherchant ses clés sous un lampadaire car là au moins…c’est éclairé !



Pour la science chercher là où c’est éclairé… si c’était comme ça ce serait déjà pas mal ! En fait c’est bien pire que ça, car, le plus souvent, il s’agit de hasard, de pur hasard, ou alors, et c’est souvent bien pire, d’« aveuglement paradigmatique » : le monde de la nature serait scientifique (il se réduit à la science), il y aurait un « grand architecte », scientifique s’entend, et il ne serait donc pas naturel !

Au hasard, car assez généralement, en matière de technoscience, du fait d’une méthodologie on ne peut plus « méthodiste », systématique, à force… car les extrêmes (méthodisme et hasard) se rejoignent, la plus part des grandes découvertes scientifiques sont liées en définitive au hasard ! Pour illustrer ce propos, prenons le cas le plus connu de Fleming et la pénicilline.

Assez généralement les plus grandes découvertes sont lié au hasard ! Ainsi, et ce n’est pas un cas isolé, la pénicilline a été découverte, on peut même dire redécouverte, par Alexander Fleming totalement par hasard, même en commettant une erreur de méthodologie avec un collègue de paillasse. « Redécouverte » par l’Anglais Fleming en 1928, car c’est un médecin français, Ernest Duchesne, qui avait fait le plus gros du boulot en 1897. En effet, sa thèse de médecine intitulée « Contribution à l’étude de la concurrence vitale chez les micro-organismes : antagonisme entre les moisissures et les microbes », étudiait en particulier l’interaction entre Escherichia coli et Penicillium glaucum. En fait l’Anglais Fleming cherchait là ou déjà il y avait eu un éclairage de la part du Français Duchesne.

Au hasard ou à l’aveuglement paradigmatique ! Un aveuglement paradigmatique (tout serait science comme tout est mathématique… enfin ce serait tout comme) ; un aveuglement paradigmatique qui consiste à creuser et creuser, méthodiquement, à réduire jusqu’à désintégrer la nature pour soi-disant mieux la comprendre… alors qu’il s’agit simplement de mieux la manipuler !

Le syndrome de l’ivrogne cherchant ses clés là où c’est éclairé peut en effet être utilisé pour critiquer les méthodes de la science : l’ivresse du chercheur, souvent obsessionnel et bien plus encore avec un certain aveuglement de la science !

La science, et c’est un sacré problème, est devenue générique de savoir et du « Savoir » ! C’est simple, on pourrait même dire simpliste, mais pour notre époque moderne au modernisme, celle du changement pour le changement, véritable paroxysme de modernité et plus simple modernité, la science est devenue générique de savoir et du « SAVOIR » et, il n’y aurait plus de « valeurs », comme d’ailleurs de « PRINCIPES », que de nature scientifique et technique ! Au diable l’ontologie, la déontologie, l’éthique et l’altruisme : tous ces acquits intellectuels humains. Renvoyée aux calendes grecques et aux oubliettes de l’histoire la « métaphysique », cette « épistémologie » première, cette première philosophie et interrogation sensée qui sortait l’humain de l’état de pure croyance. Une question se pose : sommes-nous plus intelligent avec notre pléthore de savoirs scientifiques et techniques ? Non, il semblerait que non ; il semblerait même que nous soyons toujours au fond de la caverne avec les ombres qui s’agitent car toujours aussi ignorant de l’humain ; voire même de plus en plus ignorant de l’humain et des principes d’humanité !

Une sérieuse remise en cause épistémologique s’impose car si les progrès de la science, consistent, normalement, et pour une large part en une meilleure compréhension des phénomènes étudiés, ils ont aussi en même temps, et désormais avec le temps et l’expérience nous le savons, pour effets d’invalider tout ou partie des théories et des connaissances, mêmes celles scientifiques, antérieurement admises ! Il en va ainsi de la révolution copernicienne comme des découvertes de la chimie vers 1850 qui ont rendu caduques les principes généralement admis et pratiqués à cette époque ; de même pour le darwinisme, pour les balbutiements de la génétique ou la révolution pasteurienne qui ont bouleversée, elles aussi, bon nombre de « croyance » de l’époque. Mais la rupture est encore plus profonde lorsqu’à partir des années 1880, les nouvelles orientations des recherches mathématiques et de la physique en viennent ruiner les fondements communs de la pensée scientifique sur lesquels reposait l’assurance des scientistes. Et que dire des conclusions hautement philosophiques de la physique quantique, la plus récente des physiques, qui nous dit que le monde est apparemment complexe, désordonné, contingent, quand le rationalisme classique, cartésien, dont est issue la science mécaniste qui préside toujours nos destinées notamment en économie, nous dit que ce monde est simple, ordonnée et nécessaire. Que dire des acquits intellectuels du 20 è siècle, issus précisément de la physique quantique, et qui limitent la connaissance tant dans le domaine du raisonnement : principe d’incomplétude de Gödel et Chaitin ; que dans celui de l’action : principe, d’incertitude d’Heisenberg et principe d’impossibilité d’Arrow !

Nous avons désormais du recul et nous savons que la science, et loin s’en faut, n’est pas le parangon de vérité voulu par Descartes et consorts. Visiblement, la science pose autant de problèmes qu’elle en résout, voire même plus, mais pour certains, la science, dans sa grande exclusive, résoudra elle-même les problèmes qu’elle pose ! Nous sommes en droit et même en devoir de nous interroger : n’y aurait-il pas là, dans cette exclusive scientifique, à vrai dire « scientiste », comme une sorte de tautologie voire un véritable cercle vicieux et non vertueux comme prétendu ? Avec Descartes et l’ensemble du savoir (un savoir réduit à la science, dont la philosophie, elle aussi, réduite à la recherche de la vérité pure pourtant pur sophisme) un peu comme si le savoir et la culture étaient uniquement et essentiellement devant nous et à découvrir, nous avons fait table rase d’un savoir ancestral deux fois millénaire. Désormais, obsédés par la prospective nous vivons un monde de fuite en avant économico technoscientiste dont les maîtres mots ne sont plus réellement la nécessaire compréhension et l’utilité, mais clairement la manipulation et l’utilitarisme. Déniant la temporalité humaine (passé, présent, avenir), qui, pourtant, participe largement de la conscience humaine, celle individuelle comme collective (le temps est dialectique disait Plotin) ; obsédés par l’avenir, fascinés par le temps technique et scientifique : nous ne justifions plus le présent que par l’avenir ! Désormais, à la façon des oracles de l’ancien temps : savoir serait uniquement prévoir !

Ce « syndrome », de l’ivrogne cherchant ses clé sous un lampadaire, traduit le malaise du « Savoir » en général et de la science en particulier, le savoir scientifique étant un savoir « particulier » du savoir général ; un savoir général, qui, « aveuglement paradigmatique » oblige se trouve réduit au seul savoir scientifique !


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