le mouvement tabligh, qu’est-ce ? une secte ?
Sur leurs visages, les longues barbes contrastent souvent avec leur jeune âge. Ils portent l’habit pakistanais traditionnel (khamiss) ou plus généralement des tuniques blanches (djellabas ou gandouras) qui descendent jusqu’à leurs chevilles, une calotte sur la tête (taguilla) et éventuellement une paire de Nike ou de Reebok.
Ainsi, quel que soit le temps, ces prédicateurs musulmans vont, inlassablement, par monts et par vaux, à travers la France et le monde par petits groupes de 3ou de 5, rarement plus, pour propager leur bondieuserie.
En majorité d’origine marocaine ou plus largement maghrébine ou africaine, de genre masculin, mais de plus en plus accompagnés de jeunes femmes arborant fièrement le foulard et participant à l’effort de la propagande bondieusarde, ils sont surtout âgés de 18 à 40ans et vivent essentiellement en banlieue. Ces porte-drapeau d’un islam ostentatoire sont tous militants religieux du mouvement Tabligh en France. D’ailleurs, ce nom, Jama’a at-tabligh, renvoie en arabe à un groupe de prédication ou encore association du message.
En France, le mouvement Jama’a at-tabligh existe officiellement sous la forme d’une association à but non lucratif nommée Foi et Pratique, enregistrée en avril 1972 à la préfecture de Seine-Saint-Denis !!!
A partir de cette date, ils n’ont pas cessé de réclamer des lieux de culte, qui leur doivent beaucoup dans l’Hexagone, avant de pousser plus loin leur activisme. Depuis la fin des années 1980, la secte Tabligh est devenue très juvénile, touchant prioritairement toute une frange de la 2e, voire de la 3e génération d’enfants issus de l’immigration maghrébine.
La secte Foi et Pratique est actuellement très organisée et a tissé des liens locaux, régionaux, nationaux et extra-nationaux. Ce fait est surtout remarquable dans ses ramifications à travers des banlieues comme Mantes la-Jolie, la cité des Quatre Mille à La Courneuve, le quartier de Neuhof à Strasbourg mais aussi dans les grandes villes comme Marseille, Lyon, Lille, etc.
En Lorraine Foi et Pratique essaime sur une zone d’influence à partir de la ville de Forbach (Moselle) qui en est l’épicentre, s’étendant de Nancy à Bar-le-Duc, en passant par Verdun et Longwy, atteignant d’autres régions : Mulhouse en Alsace, Dijon en Bourgogne. Ce réseau islamique transrégional et transnational, le plus grand au monde.
Ces prédicateurs rigoristes quadrillent prioritairement et méthodiquement les banlieues françaises à forte population immigrée. Ils considèrent ces populations comme potentiellement d’origine musulmane et par conséquent plus facile à attirer dans la secte. Les sites des émeutes urbaines sont également souvent des hauts lieux de mission.
Ces prédicateurs musulmans jettent ainsi leur dévolu sur les « clients » à convertir à partir des noms à consonance arabe ou africaine dans les annuaires téléphoniques ou guidés par la présence des paraboles qui poussent comme des champignons sur les façades des immeubles des cités HLM. Leur propagande dit : le but est de réveiller une foi endormie par le confort, la luxure ou la morosité économique dans une société de surconsommation où l’argent prévaut.
Le mouvement Tabligh reste un mouvement religieux associatif sous la haute surveillance de la direction de la surveillance du territoire, notamment depuis l’affaire Khaled Kelkal en 1995 (lors de la vague d’attentats à Paris) ; mais surtout depuis l’attentat perpétré par deux jeunes Français à Marrakech en 1994 *.
Les Renseignements s’intéressent surtout aux prédicateurs réguliers les plus zélés, ceux qui sont allés 4 mois au Pakistan et en Inde et qui ont éventuellement pu rejoindre des camps d’entrainements en Afghanistan - le mouvement Tabligh reste suspecté de fomenter dans le secret des « mosquées des caves » des islamistes potentiels .
* Incriminant deux anciens jeunes militants de Foi et Pratique de la Courneuve. Redouane Hammadi et Stephane Aït Iddir, condamnés à mort au Maroc le 26 janvier 1995
cf. / F. Frégosi, « Les problèmes d’organisation de la religion musulmane en France », Esprit, n° 239, janvier 1998, p. 109-136.