B § Analyse Historique et Circonstanciée
Une telle analyse consiste à chercher à connaître et à étudier l’histoire exacte de la révélation de chaque verset. Cela permet au lecteur qui souhaite comprendre le Coran de mieux situer chaque verset, selon les contingences qui conditionnèrent la révélation de chacune de ses paroles, et de discerner - entre autres, mais non sans importance - si le verset en question est temporel ou bien atemporel, et jusqu’où s’étend son application.
Interpellation :
Vous qui aviez jusqu’ici cru que vous auriez entièrement compris ce verset à travers sa seule lecture littérale, oseriez-vous prétendre connaître la date de sa révélation ainsi que les circonstances historiques qui le conditionnèrent, voire, qui durent justifier sa révélation ?
Voyons ensemble la réponse à travers ce qui suit.
Sixième Observation :
Ce verset a été révélé en l’an neuf de l’hégire. A quoi correspond précisément cette date ?
L’hégire désigne la fuite du Prophète Mohammad de sa ville natale, la Mecque, vers la ville de Yéthrib, qui repris le nom de Médine. Il s’était enfui de la Mecque après 13 années de persécution lorsque les maltraitances des gens de sa tribu et de sa ville atteignirent leur paroxysme, jusqu’à ce qu’il fut menacé de mort. Il s’installa à Médine où plusieurs dizaines des premiers musulmans l’y avaient précédé. L’histoire est longue.... Le nombre des musulmans s’était peu à peu énormément agrandi, grâce à de nouvelles adhésions... En l’an huit de l’hégire la ville de la Mecque fut reconquise par le prophète pacifiquement, sans l’effusion d’une quelconque goutte de sang (le Prophète revint s’installer à Médine, où il mourut deux années plus tard en l’an dix de l’hégire). Commença depuis une nouvelle ère pour les musulmans de l’époque, celle correspondant à la naissance du premier Etat musulman.
La religion, quelle qu’elle soit, a pour finalité de mettre l’homme en bonne résonance avec son seigneur certes, mais aussi en bonne résonance avec les autres hommes.
Ne s’écartant pas d’une telle définition, l’islam, ne l’omettons pas de notre esprit, à sa naissance, ne fut pas seulement juste une religion ; l’islam est un tout : il est un système à la fois religieux, social, culturel, éducatif, juridique, économique, (partant) financier, et est de façon grosso modo politique de par la nature de
l’ensemble de ces préoccupations.
La date de révélation du présent verset, en l’an neuf de l’hégire (juste après la reconquête de la Mecque), coïncide avec le début de l’établissement institutionnel d’un vrai Etat musulman.
Ne l’omettons pas encore de notre esprit, pour qu’un Etat puisse tenir sur ses pieds, celui-ci a besoin de nombreuses structures, dont celle financière, comme pour ce que l’on nomme aujourd’hui par Ministère des Finances.
Le verset qui est en notre présence est un verset temporel, qui s’appliquait à l’époque d’antan. Ne soyons pas donc étroits d’esprit, et tentons de considérer aujourd’hui ce qu’il en est des pratiques actuelles.
Aujourd’hui, moi et toi ami(e) lecteur (ou lectrice), à la tête de chaque année fiscale, partout où nous pourrions résider, en Occident comme en Orient, le Ministère des Finances, représenté par son Administration Fiscale, nous envoi un formulaire où nous sommes sensés déclarer l’ensemble de nos revenus.
Après avoir reçu ladite déclaration, le Fisc calcule l’assiette imposable parmi nos revenus, en déduit la fourchette et le montant d’un impôt sur les revenus, et nous expédie un avis d’imposition, subordonné de conditions de paiement avec échéance.
Si le contribuable s’attarde à payer son impôt sur les revenus, l’Administration Fiscale lui enverra plusieurs relances, sanctionnées de majorations proportionnelles au retard accusé. Si l’individu parmi nous s’attarderait, sans raisons admissibles, voire rechignerait à payer ses impôts, le Trésor Public n’hésitera pas à faire mandater un Huissier de Justice pour procéder à une saisie.
Après cette dernière prospective revenons en à l’histoire d’antan et à notre verset. Voyons, soyons honnêtes dans notre approche.
En fait, face audit jeune Etat Musulman à peine né, nous ne devrions pas non plus omettre de notre esprit que le Quatrième Pilier de l’Islam est bien la Zakkat : un acte qui consiste - pour le musulman - à réserver une partie de son patrimoine pour les pauvres et pour l’Etat. La Zakkat, pour à vrai dire, est un impôt sur les revenu, dont la création s’est présentée sous la forme d’une institutionnalisation sacrée (constitutive de la foi), se souciant de garantir une certaine forme de solidarité obligatoire avec les démunis, tout en répondant à sa destination initiale, celle imposant à tout individu de contribuer dans l’Effort de la Nation. Tout musulman doit s’en acquitter.
Une question
assez sérieuse s’impose alors
d’elle-même : si les musulmans doivent s’acquitter d’un impôt sur les
revenus, qui de surcroît est constitutif de leur religion, qu’en
serait-ce de
leurs concitoyens qui ne partagent pas la même religion ?!
Fiscalement
parlant, échapper à un tel impôt devrait être une aubaine (discriminatoire) !!!
Le verset qui est devant nous, si sa lecture littérale pourrait nous induire en erreur, nous amenant à penser qu’il consisterait en un appel franc, atemporel, qui inciterait à violenter gratuitement et systématiquement les Gens du Livre, sa lecture plus profonde et temporelle, contrairement à la première déduction trop hâtive et très peu sérieuse, nous révèle plutôt la noblesse et l’esprit d’équité de l’islam, qui s’est soucié de ne pas appliquer un impôt coranique, qu’est la Zakkat, et s’est abstenu d’étendre ce quatrième pilier de l’islam aux concitoyens juifs et chrétiens, afin de respecter l’intégrité des éléments constitutifs des
religions respectives de ces derniers.
Nous pouvons conclure que la finalité de ce verset est : institutionnaliser un impôt sur les revenus pour les non musulmans, parallèle à la Zakkat, en accompagnement de l’institutionnalisation d’un Etat musulman.
D’ailleurs, c’est ce verset là, numéro 29 de la Sourate 9 at-Tawba, par qui s’était faite la création du statut de « Dhimmi », imputé à tous les juifs et chrétiens qui vivaient dans les empires musulmans.
Interpellation :
Souvent on a imputé dans le monde occidental une signification péjorative au terme Dhimmi. Quel est donc le sens de ce titre, dont la création remonte à la révélation du verset que nous étudions ?
Septième Observation :
Détrompez vous, le statut de Dhimmi - auquel ce verset semble avoir donné naissance - est loin d’être péjoratif. Quelle est donc son étymologie ?
Le terme « Dhimmi » « ذِمِّي » est dérivé de la racine « Dhimma » « ذِمَّة », qui elle signifie conscience.
Dans l’Islam et chez les musulmans, le terme « Dhimma » est souvent associé à la notion de Livre pour désigner les Juifs et les Chrétiens, sous l’apologique appellation « Gens de la
Conscience et du Livre », dite en arabe : « Ahlou Dhimma wa l’Kitab » [Ahl= Gens / Dhimma= Conscience / Kitab= Livre].
Les termes Conscience et Livre font ensemble référence à l’héritage spirituel qui a été livré en consignation aux juifs et aux chrétiens par l’ensemble des Prophètes qui précédèrent le Prophète Mohammad, auxquels d’ailleurs tous les musulmans croient.
Le terme « Dhimmi » est une contraction du qualificatif « Ahlou Dhimma wa l’Kitab » « Gens de la Conscience et du Livre », il ne peut être qu’énormément élogieux.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, c’est bien ce titre qui avait permis jusqu’au vingtième siècle aux juifs et aux chrétiens vivant dans le Califa Musulman de garder, de préserver, et de perpétuer 14 siècles durant, leur intégrité religieuse, spirituelle, cultuelle, culturelle, sociétale, et tout ce qui va avec, tout en étant des citoyens faisant partie intégrante des sociétés musulmanes dans lesquelles ils vivaient. Si des individus parmi eux choisirent de vivre dans des formations de style communautaire, pour préserver davantage ladite intégrité, d’autres, comme dans l’Andalousie et dans certaines villes impériales du Maroc et d’ailleurs, cohabitèrent en parfaite cohésion avec leurs voisins musulmans. Quel que soit le style communautaire qu’ils adoptèrent, nombre parmi eux furent des hommes de science, de médecine, de littérature, de philosophie etc... de grande renommée. Il y eut parmi eux aussi des vizirs (ministres), et des secrétaires (conseillers et confidents qui taisent les secrets) officiant sous les services de la plupart des gouverneurs et monarques musulmans.
Les Dhimmis
versaient ladite capitation, évoquée dans
le verset que nous avons jusqu’ici étudié, non pas en dédommagement du
fait
qu’ils adhèrent à une religion autre que l’islam, et non plus pour
être
protégés, comme si en cas de défaillance de paiement on allait lancer
sur eux
des hordes de sauvageons qui les décimeront !!!
Non, ils
s’acquittaient de cet Impôt de la Conscience car ils devaient - à
l’image de
leurs concitoyens musulmans - contribuer dans l’Effort de la Nation ;
des
musulmans qui de leur côté versaient un impôt coranique. Un effort de
la
Nation auquel, aujourd’hui, nous, à notre tour, nous contribuons par
différentes sortes d’impôts et de taxes directes et indirectes,
globales,
régionales, ou locales. Aujourd’hui nous sommes dépendants du
Ministère des
Finances, qui gère le Trésor Public. Eux, hier, musulmans, juifs et
chrétiens,
dépendaient d’une Haute Administration, partiellement décentralisée,
supervisée localement par un Directeur, appelé littéralement le
Loyal Conservateur (qui
assurait la gestion)
de la Maison du Trésor.
Les
chroniques concernant la vie et le règne du
Troisième Calife de l’islam, Omar Ibn Al’Khattab, nous rappellent une
fameuse
histoire qui se déroula à l’époque ou le premier Etat musulman était
assez
jeune.
Se baladant un jour dans les rues de Médine, le Calife Omar
Ibn
al’Khattab croisa un vieil homme qui faisait la manche dans le souk.
Le Calife
Omar reconnu ledit mendient. Il s’était souvenu effectivement de sa
personne
comme ayant été l’un des commerçants juifs de la ville. Ledit
vieillard eut
certainement perdu son commerce à l’issue de mauvaises affaires en
perdant de
sa jeunesse, et n’avait pas probablement une famille qui eut pu
l’entretenir.
La réaction du Calife fut d’une noblesse extrême. Il ordonna à ce que
l’on
charge le Trésor Public de verser audit personnage une rente viagère,
motivant
sa décision à travers une éloquente formule : « jadis il payait,
aujourd’hui, c’est à la Maison du
Trésor de lui
rendre de son argent » (celui de l’Etat) ; en d’autre
termes :
il contribua à l’effort de la Nation,
aujourd’hui c’est à la Nation de se
montrer solidaire avec sa personne, en lui donnant de l’argent du
Trésor
Public.
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