Le négationisme apparaît dès le lendemain de la défaite allemande avec comme chef de file du néo-fascisme français, directeur de la revue Défense de l’Occident, Maurice Bardèche, qui explique son entrée en politique par la condamnation à mort de son beau-frère, Robert Brasillach, fusillé à la Libération pour avoir été l’éditorialiste de l’organe central de la presse collaborationniste, le sinistre Je suis partout.
En 1948 et 1950, Maurice Bardèche publie deux pamphlets aux titres éloquemment antisémites (Nuremberg ou la Terre promise, puis Nuremberg II ou les Faux monnayeurs), dans lesquels il accuse les juifs d’avoir été à l’origine du déclenchement de la guerre. Commentant le travail de la délégation française au procès de Nuremberg, où viennent d’être jugés certains des principaux responsables du régime national-socialiste, il jette les bases de l’argumentation négationiste en s’exerçant à l’analyse littérale des camouflages de l’Amtsprache (langue administrative) nazie sur les modalités du meurtre industrialisé : « Si la délégation française trouve des factures de gaz nocifs, elle se trompe dans la traduction et elle cite une phrase où l’on peut lire que ce gaz était destiné à l’extermination, alors que le texte allemand dit en réalité qu’il était destiné à l’assainissement, c’est-à-dire à la destruction des poux dont les internés se plaignaient en effet. » (Nuremberg ou la Terre promise, 1948, p. 133)
A la même époque, un instituteur de Belfort, Paul Rassinier (1906-1967), écrit le premier d’une série de livres, dont plusieurs publiés par Maurice Bardèche, qui allaient faire de lui la figure emblématique des négationnistes français.
Membre du Parti communiste jusqu’en 1932, Rassinier adhère à la S.F.I.O. en 1934. « Munichois » acharné, de la tendance de Paul Faure, opposée à celle de de Léon Blum, rédacteur en chef jusqu’à la guerre de l’hebdomadaire socialiste belfortain, il manifeste dans ses éditoriaux un pacifisme intégral qui, trois ans plus tard, lui fait encore écrire - dans le journal qu’avec la bénédiction de Pierre Laval publie l’ancien socialiste Charles Spinasse - que « des millions de français se sont trouvés jetés dans l’absurde guerre de 1939 par fidélité à l’esprit de parti ou par discipline de parti » (Le Rouge et le Bleu, 7 Mars 1942). Ayant néanmoins contribué à la publication en octobre 1943 du premier numéro d’un bulletin de résistance, Rassinier est arrêté puis déporté en Allemagne, où il est interné 13 mois au camp de Dora.
A son retour de déportation, Rassinier ayant échoué dans ses ambitions politiques locales, devient et demeure jusqu’à sa mort un plumitif de la dénonciation. Dénonciation de comportement des détenus communistes dans les camps allemands, bientôt suivie par celle, monomaniaque, du complot juif international, responsable du déclenchement de la Seconde guerre mondiale et artisan de l’escroquerie du prétendu génocide.
Exclu de la S.F.I.O. en 1950, on découvre que Rassinier sous un pseudonyme signe dans l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol en 1960 un compte-rendu du procès de Francfort des gardiens du camp d’Auschwitz..
La Vieille Taupe - Pierre Guillaume - entreprend de rééditer les oeuvres de Rassinier , ses états de service d’ancien communiste, socialiste, résistant et déporté apportant une caution imperturbablement révolutionnaire à cette branche, la plus active, du révisionnisme français
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La jonction des réseaux d’ultra-gauche et d’extrême droite du révisionnisme français est parachevée lorsque, en 1985, Pierre Guillaume exploite les ressources d’un militantisme éprouvé dans une opération qui consiste à tenter, grâce à un jury de complaisance réuni pour la circonstance à l’université de Nantes, de faire décerner à un ingénieur agronome en retraite, Henri Roques, ancien dirigeant du mouvement fasciste La Phalange française, un titre de docteur d’université pour sa lecture « révisionniste » d’un témoignage important sur l’utilisation des chambres à gaz dans un camp nazi de Pologne.
L’intérêt d’une étude historique du phénomène spécifique que constitue le révisionnisme français réside dans l’analyse du parcours intellectuel et politique qui, en une vingtaine d’années, a conduit des militants de l’ultra-gauche, acteurs notamment du combat anticolonialiste et du mouvement étudiant de Mai 68, à se joindre à la réécriture de l’histoire du nazisme entreprise dès 1945 par les anciens collaborateurs du régime de Vichy. NADINE FRESCO