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En réponse à :


easy easy 9 octobre 2010 16:51

Les faucons, les vrais, les colombes et les pigeons, je ne sais pas.

Et la Mauritanie, c’est quoi ? Jamais entendu parler.

Bon.
Moi je vais parler du mur du con.


Il est vrai que les choses ont changé depuis 50 ans. L’ambassade petits fours, kermesse organisée pour les expats une fois par an, les soirées de l’ambassadeur, ça tend à disparaître. je ne vous explique pas pourquoi, vous le savez.

Là et ailleurs, le contact direct avec la viande, la sueur et les odeurs des autres, depuis Howard Hughes, puis Mikael Jackson, depuis la peste et le Sida, depuis le SRAS et le sarin, depuis le paparazzitage aussi, c’est dépassé.


Il fallait s’attendre, mes chers amis, qu’en devenant de plus en plus réticents à éviscérer une poule, nous en arrivions à ne plus supporter le contact physique de l’autre, ses mains moites, son haleine d’affamé, ses yeux culpabilisateurs.

Il fallait s’attendre à ce qu’en préférant manger du poisson rectangulaire pané et sans arêtes, déniant ainsi toute la réalité et le drame de la bestiole, nous en venions ausi à nous dénier les uns les autres.

Oui, il y a une relation directe entre nos emballages garantissant fraîcheur et pureté, avec notre phobie de l’autre.

Pourquoi les consulats et ambassades, interfaces premières entre les très autres et nous, ne seraient-ils pas les premiers à prendre des mesures derrière lesquelles l’Autre se retrouverait comme un con ?


Si Monsieur Bidochon ne supporte plus que la viande sous cellophane sans son frigo, il ne supportera plus que le demandeur d’asile sous cellophane.

Ce mur du con n’est pas édifié qu’au loin, dans nos administrations interfaciales. Ici et entre nous, même entre soi-disant amis, c’est pareil.
Et le meilleur mur, je veux dire le plus subtil, est constitué non de brique ou de béton mais d’électronique. C’est le répondeur automate.
La langue de bois avait longtemps prévalu, désormais place à la langue robotisée. Vous savez, c’est simple : une machine peut tuer sans aller en prison. De là....

Excusez-moi, ami Mauritanien, de ne pas rester fixé sur votre problème tout spécifique, mais je montre les liens qui existent entre des tas de choses et c’est parce que partout c’est pareil, que votre protestation vaut s’adresser à un mur. Et si je vous renvoie au surimi, au blister, à la cartouche d’imprimante et au film sur DVD, c’est pour vous montrer où sont planquées les clefs du labyrinthe qui nous sépare d’antan.

Nous utilisons énormément le téléphone
Pour un oui ou un non, nous appelons et dérangeons des gens. Et nous exigeons de les avoir à la seconde, branchés à 100 % sur notre problème. Et bien chacun de nous, en tant qu’interpelé et dérangé, réagit en se protégeant, en interposant des robots.

Nous nous plaignions des plateformes d’appel situées à l’étranger. C’était encore d’la balle. Bientôt il n’y aura plus que des robots en face de nous.
Je répète que c’est parce que chacun de nous a voulu une part de cette asseptisation des relations qu’on en est progressivement arrivé là.


Autre chose qui a poussé à la multiplication des murs du con ; c’est la judiciarisation. Il y a 20 ans, un client déboulait dans sa banque et accusait le directeur parce que son chéquier n’était pas arrivé. Le réflexe de chacun consiste à détourner alors le dard de la colère vers autrui. Dès que les premiers ordinateurs sont apparus, le directeur se protégeait des accusations en posant que c’était à cause de..l’informatique.
Le défaussement est proportionnel à l’accusation.


Aujourd’hui des tas de gens ne rappellent pas leur correspondant sous prétexte de panne de batterie par exemple. Plus on veut de technique, plus elle devient importante et plus elle devient l’échappatoire aux responsabilités
Il y a désormais tant de tuyaux de communication dans nos sociétés que c’est devenu un labyrinthe donc un piège anti communication.
 Quand il y a un câble, chacun peut dire "déconne pas, il y a un câble , je le vois très bien alors ne raconte pas que tu ne le savais pasé mais quand il y a des milliards de câble, c’est un fouilli, ce n’est plus une preuve de bonne liaison.


Et derrière le mur, le con communique au mur, seul.
La communication devient unilatérale (sauf sur les forums).
Les blogs expriment clairement cette unilatéralité.

D’autre part, et là je rejoins Jean-Michel Truong, il se pourrait, paradoxalement, que nous finissions par trouver nos murs robots plus agréables ou urbains que nos congénères.
Imaginez, les amis, que vous appeliez votre consulat parce que vous êtes dans une merde noire. Et vous tombez sur un super robot. Il s’agit d’un robot qui s’adapte automatiquement à vous. Je veux dire que s’il détecte que vous êtes un garçon, il se fait fille. Bon vous m’avez compris. Vous voilà donc hyper stressé et en nage, quand soudain, apparaît au bout de votre visiophone, une créature virtuelle super calibrée et formatée pour vous calmer, pour détouner en tous cas votre angoisse par son charme, son écoute bienveillante et calme, le tout avec un sourire à faire fondre un curé.

Bin....a se demander si après ça, on a encore envie de parler de vive voix avec l’adjoint du consul.


Il se pourrait que l’humanité soit en train de quitter nos corps de chair pour s’installer dans nos robots.


Vous savez quoi ? Certains d’entre nous ont déjà souri à des robots, leur ont dit merci, au revoir.
C’est con hein !


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