Vision assez étrange, vous semblez confondre lieu de culte et patrimoine.
Notre patrimoine, en grande partie en relation avec la religion catholique n’appartient plus il est vrai à l’Église, mais à l’État, celle ci en cependant gardant l’usage.
D’autre part, l’État en garantissant la liberté de culte le relègue aussi à la sphère privée.
Il existe un paradoxe fondamental dans cette loi, c’est qu’en fait plus qu’une loi, c’est un dispositif, une compromis qu’un homme intelligent comme Briand a su le trouver.
Toucher à cette loi, n’a vraiment aucun intérêt à part celui de crée le désordre, d’autant plus que de nouveaux acteurs se mêlent au jeu.
À force de compromis et notamment en déclarant que le pays
républicain saura faire preuve de bon sens et d’équité, Aristide Briand
accepte de revoir quelques formulations de l’article 4 proposé par Émile
Combes. Le 20 avril 1905, il déclare à la Chambre :
« Nous n’avons jamais eu la pensée d’arracher à l’
Eglise catholique son patrimoine pour l’offrir en prime au schisme ; ce serait là un acte de déloyauté qui reste très loin de notre pensée
[1]. »
Alors que la première version de l’art. 4 prévoyait que les biens
ecclésiastiques seraient dévolus à des associations de fidèles, sans
précision, la nouvelle version, défendue à gauche par Briand et Jean Jaurès, dispose que ces associations cultuelles
prévues par la loi se conformeront « aux règles d’organisation générale
du culte dont elles se proposent d’assurer l’exercice. »
Le catholique Albert de Mun, élu du Morbihan, se félicite de ce « grand coup de pic donné à la loi »[2], tandis que le sénateur Clemenceau bataille au contraire contre ce qu’il considère comme soumission au gouvernement romain[2].
Il traite Briand de « socialiste papalin » et accuse la nouvelle
formulation de l’article de « [mettre] la société cultuelle dans les
mains de l’évêque, dans les mains du pape » ; « voulant rompre le
Concordat, la Chambre des députés est demeurée dans l’esprit du
Concordat (...) au lieu de comprendre qu’elle aurait pour premier devoir
d’assurer la liberté de tous les fidèles, sans exception[2]. » Malgré cela, il vota la loi avec la majorité de la Chambre.
Loi de séparation des Églises et de l’État