@ numéro 19 : je peux vous suggérer quelques pistes ?
D’abord, que diriez-vous de la communauté libanaise, par exemple. Voyez-vous des problèmes avec cette communauté, comparables avec les problèmes que vous décrivez des communautés maghrébines et noires d’Afrique ? non. Pourtant, la communauté libanaise est en partie (à moitié) faite de musulmans chiites. Par exemple, mes grands-parents sont musulmans chiites, et pour la plupart, mes origines sont celles de paysans à moitié illettrés qui ont fuit la misère du Liban entre la fin du 19ième et la fin du 20ième siècle... Mais le plus drôle, c’est qu’en fait je suis de culture française en étant né au Sénégal, et c’est aussi le cas de bien des Libanais du Sénégal. Je suis aussi imprégné par la culture Sénégalaise et la culture libanaise, et j’ai une arrière grand-mère Soudanaise... Alors où se situe la limite génétique ? courage pour la trouver. La limite culturelle de ce qui peut ou non s’intégrer ? La limite religieuse ? courage aussi.
Ne pensez-vous pas que la problématique de ce qui s’adapte bien ou mal est une problématique d’interaction plutôt qu’une problématique d’origine ? Comment s’articule l’interaction entre la France (et je ne parle pas seulement de culture, mais aussi de politique, d’économie...), et les minorités visibles ? C’est une question complexe, à laquelle ne répondront jamais des statistiques brutes pointant des symptômes.
Par exemple, il est un fait qu’il y a plus de minorités visibles dans les prisons, au chômage, etc. Une étude qui a fait du bruit a même montré que les maliens seraient « les pires ». Mais que cela signifie-t-il ? Comme les gentils de gauche ne veulent souvent pas le voir, ils ont craché sur l’étude. Comme les méchants de droite ont trouvé que ça confortait leur vision des choses, ils ont posé comme une évidence la signification qu’il percevaient de cette étude, alors que la signification en est probablement bien différente.
En effet, la signification dépend largement du projet politique, du désir d’avenir qui est posé. Si on a envie d’une société fermée et qu’on est convaincu que l’immigration est aujourd’hui la cause profonde de tous les maux, on ne peut voir dans cette étude qu’un faire valoir. Mais si on pense qu’il est absolument indispensable d’assurer la paix civile et sociale, la compréhension entre les gens, alors on se retrousse les manches et on se pose les questions plus en profondeur. Car les problématiques connexes sont nombreuses et confluent sur la problématique de l’immigration et de l’intégration, de sorte qu’il n’est pas intellectuellement honnête ni donc politiquement fructueux, de s’arrêter à des considérations statiques et découplées de la complexité du réel.
- comment la paix civile est-elle possible et durable dans un monde en souffrance ?
- quid de l’exploitation des ressources des pays du sud, d’où sont originaires les minorités visibles ?
- quid du fait que cette exploitation repose sur le maintien de dictatures et l’écrasement du peuple ? exemples ? Niger pour l’uranium, Lybie pour le pétrole, en afghanistan, on place HAmid Karzaï, ex-dirigeants d’UNACOL, compagnie américaine qui s’occupe des pipeline du pays...
- quid des assassinats de dirigeants progressistes ? par exemple, Sankara avait énormément amélioré le sort du Burkina en développant une agriculture souveraine, la transformation sur place des produits, des vêtements... assassiné par la France-Afrique et Foccard. Son assassin, Compaoré, est toujours en place.
- vous dites que les gens du maghreb ne sont pas faits pour s’intégrer chez nous (oui, ne vous en déplaise je suis aussi français que vous) ? Mais qui fait la révolution aujourd’hui ? qui a les couilles de se révolter face au système qui les spolie ? qui réclame plus de démocratie ? eux, et non les électeurs du FN. Parce que si en plus de tout ça vous avez l’audace de penser qu’avec le FN on aura plus de libertés vous êtes vraiment au fond du gouffre de l’inculture politique.
- quid de l’agriculture subventionnée ici et de la politique féroce d’ouverture des barrières douanières des pays du sud, qui combinées détruisent et laminent ces pays et leurs campagnes ?
- quid du financement des terroristes et les islamistes par l’accident ? vous n’ignorez pas que Ben Laden est un ex-agent de la CIA, ni les liens entre sa famille celle de Bush non ?
- quid des réfugiés qui nous viennent d’Afghanistan ? quid des terres qui y sont depuis la guerre et la présence occidentale, majoritairement exploitées pour l’opium alors que les Talibans, un comble, avaient interdit cette culture ?
- quid des réfugiés qui viennent et viendront d’Irak ?
- vous affirmez très intelligemment (je plaisante), que les français rentrent chez eux après leurs stages et pas les bougnoules qui se plaignent qu’on veut les virer... pensez-vous vraiment qu’il s’agisse d’un argument ou vous moquez-vous de ceux qui vous lisent ? parce qu’il me semble logique, à moi, de retourner dans son pays quand on a à peu près les mêmes chances d’y trouver un boulot convenable, ou même un peu moins. Mais quand dans votre pays il n’y a pas grand chose, et bien vous tentez votre chance ailleurs : c’est aussi simple que ça. Mais quand je dis « y a pas grand chose », c’est pas juste un constat de manque, c’est aussi un constat de trop plein de corruption et de violence (à la machette, et aussi au creux du ventre qui a faim), et ça c’est loin d’être désirable.
On peut continuer comme ça très longtemps. La problématique n’est pas « y en a trop, stop » ou « y en a pas assez on continue ». La problématique soit :
- comment on fait pour oeuvrer efficacement pour le développement des pays pauvres, afin qu’on ne subisse pas les effets collatéraux inéluctables de leur misère.
- comment on fait pour construire des murs, installer des caméras partout, des garde frontière, surveiller à fond la société pour éviter les parasites.
Il y a un choix à faire entre ceux deux options, et il faut admettre quand on est prêt à renoncer à sa liberté pour vivre dans la peur et le rejet de l’autre. Mais si on ne veut pas l’admettre, il faut être prêt à partager notre avance avec le monde : on y perdra pas au change à mon avis, parce que le développement, c’est comme le savoir : en donner aux autres ne vous en enlève pas des masses. De toutes façon, ce partage est inéluctable, il se fera intelligemment dans la coopération, ou très connement par la force du nombre (à moins bien entendu qu’on aille bombarder à l’agent orange un bon coup tous les peuples du sud histoire de prouver qu’on est vraiment d’une culture supérieure).
Désolé pour le pavé, mais j’avais envie de répondre à ce que je crois être beaucoup de FAUX.
Enfin quand vous parlez d’adaptation, gardez toujours en tête que quand les européens (cette race supérieure selon vous ?) sont allés en Afrique, ils ne se sont pas adaptés : ils ont exploité, contraint, imposé leur volonté.
Alors un peu de tenue messieurs, quand vous dénoncez les envahisseurs, un peu de recul et un peu consistance intellectuelle, ça vous évitera de vous faire berner par le clinquant des vendeurs de farces et attrape...