En effet, un fossé nous sépare : les sceptiques du 11 septembre s’intéressent aux faits alors que votre auteur (et vous-même ?) les prenez pour acquis.
Votre auteur présente les sceptiques (mais les a-t-il seulement rencontrés ?) comme nourrissant une « forme [dure] de paranoïa », alors que passer d’un coupable à un autre fait naître une peur (pas une paranoïa) légitime d’un côté et disparaître une autre, de l’autre (bilan neutre). Votre auteur prétend que le scepticisme sur le 11 septembre « obère les luttes sociales » alors que c’est tout l’inverse puisqu’une fois dans le militantisme, de fil en aiguille vous vous engagez sur plein d’autres sujets sur lesquels, avant, vous faisiez confiance au conformisme mou (qui généralement commande de rester chez vous devant le foot ou la Star Ac plutôt que de se prendre la tête sur des sujets compliqués). Votre auteur décrit les sceptiques comme étanches à toute « rationalité » mais il se lamente du succès du « on nous cache tout », lequel ne serait irrationnel que si « on » ne nous cachait jamais rien. Pour le coup, c’est donc l’auteur qui est irrationnel.
Vous décrivez une méthode de travail « rigoureuse » qui astreint l’auteur à recourir « le moins possible à Internet », en oubliant que les informations d’internet viennent la plupart du temps des médias classiques. Edmonds : c’est dans les médias. Rowley : c’est dans les médias. Shaffer : c’est dans les médias. Springmann : c’est dans les médias. Wright : c’est dans les médias. Les témoignages d’explosions : c’est dans les médias. Les fontaines d’acier fondu : c’est dans les médias. La ressemblance avec la démolition contrôlée : c’est dans les médias. Le secret sur les images du Pentagone : c’est dans les médias. Les débris dispersés du vol 93 : c’est dans les médias. La préparation contre ce type d’attentat : c’est dans les médias. Les exercices militaires de type 11/9 ce jour-là : c’est dans les médias. Le mémo du 6 août : c’est dans les médias. Le plan du Rapport Final écrit à l’avance : c’est dans les médias. La proximité de Zelikow avec la Maison Blanche : c’est dans les médias. ISI/Ahmad : c’est dans les médias. Les plans de conquête de l’Afghanistan et de l’Irak antérieurs au 11/9 : c’est dans les médias. Les délits d’initiés : c’est dans les médias. Des israéliens prévenus à l’avance : c’est dans les médias. Le « Le prochain, ce sera l’Ange » : c’est dans les médias. Etc. Alors, si votre auteur s’est appuyé sur les médias classiques, qu’en est-il sorti ?
C’est toujours la même chose avec les défenseurs de la VO : ils estiment impossible qu’un gouvernement ait pu sacrifier 3000 citoyens innocents dans le cadre d’une stratégie profitable à long terme pour le pays (mais de quoi les soldats qui meurent sur le champ de bataille sont-ils coupables ?), DONC ils en déduisent qu’un argument affaiblissant ou contestant cette prémisse est (forcément) faux, ce qui rend naturellement inutile son examen. D’où, forts de leur ignorance, ils clament leurs certitudes (appuyées sur la prémisse).
Petite parenthèse personnelle (je suis, donc, membre de ReOpen911) : avant de m’intéresser au 11 septembre, je ne lisais que des romans et me souciais peu d’être un citoyen actif. Depuis, je m’intéresse à l’histoire, à l’économie, à l’énergie, à la géopolitique, aux conflits, aux médias, à la criminalité, à la santé, etc. J’ai toujours deux bouquins sur le feu (des essais, cette fois) et passe une à deux heures par jour à suivre l’actualité. Je suis, en effet, devenu « addict » et c’est bien la seule chose juste de votre article, qui par ailleurs oscille entre argument d’autorité (Étienne Davignon...) et prétention sans limite (« le monde est complexe, laissez Bruno Fay vous l’expliquer »).
En un mot, ce bouquin ne satisfera que les convaincus.