Cher Paul Villach
A noter que, dans le cortège de valeurs « tirées » par ce pistolet cruciforme, émane une sorte de tiercé en forme de devise , avec « respect » en premier, « paix » en second et « amour » en troisième ( les autres valeurs étant représentées de façon assez réduite par rapport à ce triptyque ).
Il y a là un subtil glissement dogmatique. Malgré mes faibles connaissances en matière religieuse, il me semble bien qu’un des dogme fondamentaux du christianisme en général et du catholicisme en particulier est l’équation « dieu est amour » . La paix est supposée découler, en principe, de cet axiome de base, tandis que je ne me rappelle pas avoir lu dans le nouveau testament l’équation « dieu est respect » .
Cette prééminence du respect dans cette affiche amène deux commentaires :
1°) L’association d’idée entre un pistolet ( fût-il cruciforme ) et le « respect » est assez douteuse : avec un pistolet , on « tient l’adversaire en respect », image qui n’est pas très catholique ( comme l’aurait dit feu Georges Frèche )
2 °) Le mot « respect » est , en français , un mot polysémique qui est à l’origine de bien des interprétations erronées de la laïcité, et qui est de ce fait un des mots préférés de ceux qui ne portent pas la laïcité en grande estime .
En effet, il est dit dans le premier article de la Constitution de la V ème République , à propos de celle-ci : « Elle respecte toutes les croyances ».
Or le mot respect comporte trois sens principaux :
- L’obéissance à une règle ( l’automobiliste respecte le code de la route, le Président est sensé respecter la Constitution )
- la considération particulière portée à quelqu’un ( le récipiendaire du prix Nobel est souvent décrit comme « respecté de ses pairs » )
- le fait de tolérer quelque chose sans pour autant l’approuver ( exemple, le père de famille , à qui sa fille majeure présente comme futur gendre un toxicomane aux cheveux teints en rose, agrémenté de corps étrangers métalliques faciaux, et habillé en vert fluo et mauve, dira « ma fille , je respecte tes choix » , quand bien même il pense en réalité « t’aurais pas pu te trouver quelqu’un d’autre que ce dégénéré abruti ? » ).
Il est bien clair que lorsque la République respecte les croyances, il n’est pas question de respect des règles internes de ces croyances, qui sont d’ailleurs souvent mutuellement incompatibles entre les diverses religions .
La République n’éprouve par ailleurs aucune considération particulière pour les croyances , puisque, selon l’article 2 de la loi de 1905, elle ne reconnaît aucun culte . Eprouver de la considération pour quelque chose qu’on ne reconnaît pas serait une absurdité !
En fait, la République laïque se borne à tolérer ( en principe avec une totale indifférence) les croyances, tant que celles-ci ne perturbent pas l’ordre public, en application de l’article X de la déclaration des droits de l’homme « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »
Il est évident qu’actuellement, de nombreuses personnes, à commencer par les religions en tout genre, aimeraient que se produise un glissement sémantique de ce principe de respect des croyances : que ce respect passe de la simple tolérance indifférente, vers la considération respectueuse, et même vers le respect institutionnalisé des règles : les autorités religieuses ne rêvent que d’une chose, que le respect de leurs règles puisse, par exemple, entrer dans les écoles ou autres lieux publics de la République.
Ce mot « respect » , plus que galvaudé actuellement, est, à notre époque et dans le sens ou il est habituellement employé, un des mots de base de la nouvelle idéologie bigote du « politiquement correct » .
On ne s’étonne guère de son emploi ostensible dans cette affiche ...
Quel adversaire peut-il bien être « tenu en respect » par ce « pistolet catholique » ? J’en vois plusieurs : les religions concurrentes d’une part, et effectivement la République laïque : le slogan politiquement correct « respect-paix-amour » au lieu de la devise républicaine « liberté- égalité-fraternité » ?