Pour enrichir le débat sur « l’exception culturelle française », voici quelques extraits tirés du livre de l’académicien et philosophe jean François REVEL (décédé tout récemment) : « l’obsession anti-américaine » dans son chapitre intitulé « l’extinction culturelle » :
"La diversité culturelle a remplacé l’exception curlturelle, selon la réthorique européenne, d’inspiration française. Mais les deux termes recouvrent en pratique le même comportement : à savoir le protectionnisme culturel ou la volonté de l’établir.
L’idée qu’une culture préserve son originalité en se barricadant contre les influences étrangères est une vieille illusion qui a toujours donné un résultat contraire à celui qui était recherché. On ne peut pas être différent tout seul. C’est la libre circulation des oeuvres et des talents qui permet à chaque culture de se perpétuer tout en se renouvelant. L’isolement n’engendre que la stérilité. La démonstration remonte au vieux parralèlisme entre Spartes et Athènes. C’est Athènes, cité ouverte, qui fût le prolifique lieu de création dans les lettres et les arts, dans la philosophie et les mathématiques, la science politique et l’histoire. Sparte, défendant jalousement son « exception », réalisa ce tour de force d’être l’unique cité grecque qui ne produisit aucun poète, aucun orateur, aucun penseur, aucun architecte. Elle obtint bien sa diversité, mais ce fût le néant".
« La mondialisation n’uniformise pas, elle diversifie. La réclusion tarit l’inspiration ».
« En pratique, exception ou diversité culturelles sont en Europe et surtout en France des noms de code désignant les aides et les quotas. Sériner que »les biens culturels ne sont pas de simples marchandises« , c’est se vautrer dans la platitude. Qui a jamais prétendu qu’ils le fussent ? Mais ils ne sont pas non plus de simples produits du financement de l’Etat ou alors la peinture soviétique aurait été la plus belle du monde. Les avocats du protectionnisme et du subventionnisme se contredisent. Ils font tout ce tintamarre, disent-ils, contre l’argent. Et, en même temps, ils plaident que la création est conditionnée par l’argent à condition qu’il s’agisse d’argent public. Or, si le talent a parfois besoin d’aide, l’aide ne fait pas le talent. »Regardez le cinéma italien, nous explique-t-on. Faute d’aides, il a quasiment disparu. Mais dans les années d’après-guerre, la cause de son éclat ne s’appelait pas subvention : elle s’appelait Rossellini et De Sica, Blasetti et Castellani, Visconti et Fellini« . C’est également à l’imagination des créateurs et non aux chèques des ministres que le cinéma espagnol doit son essor des années 1980. Et si le cinéma français a reconquis en 2001 la première part du marché dans ses frontières et des succès au dehors, ce n’est pas pour avoir été plus subventionné que naguère, c’est pour avoir produit une poignée de films dont la qualité est perceptible par le public, et pas seulement par les auteurs ».
Jean François REVEL