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« Souvent, cette affirmation a pour signification véritable que la Turquie est un pays musulman et que la religion musulmane est difficilement compatible avec notre culture européenne. Pourtant, de nombreux musulmans (et de nombreux Turcs) vivent déjà dans l’Union européenne. »
L’argument préféré des partisans à l’entrée de la Turquie est d’associer cette opposition à un problème religieux afin de les discréditer. Amalgame pas vraiment futé et jugement de valeur irrecevables. Opposé à l’entrée de la Turquie, je suis un ferme partisan de l’entrée de tous les Etats de l’ancienne Yougoslavie dans l’Europe, y compris du Kosovo et de la Bosnie (créée par Tito pour rassembler les musulmans et mieux les contrôler, ce qui était déjà une cruelle maladresse). Prêter un sous-entendu inepte à ceux qui ne partagent pas votre point de vue ne crédibilise pas votre position. Faites-nous grâce de ce coup foireux.
« D’autre part, il est évident que la diversité culturelle est synonyme de richesse ; accepter la Turquie dans l’Union européenne ce serait intégrer un regard différent du nôtre sur le monde, afin de mieux le comprendre et donc mieux intervenir pour le transformer. Ce serait aussi accompagner le passage de l’islam vers la modernité car, comme toute religion, c’est dans un espace démocratique qu’il aura plus de chances de parvenir à se soustraire au joug de la tentation extrémiste. »
Vous mélangez tout. La diversité culturelle est synonyme, de richesse culturelle, certes. L’Europe actuelle est fort bien pourvue en ce domaine, avec ses cultures latines, gauloises, germaniques, slaves, baltiques, helléniques, pour n’en citer que quelques-unes. De là à en faire un prétexte de la construction européenne ! L’argument ôte toute possibilité de donner à l’Europe une dimension géographique, rien de moins. Le peuple turc vient d’Asie centrale. L’influence turcophone s’étend d’Istanbul à la province chinoise du Xin Yang. Si je suis votre argument, après la Turquie, nous enrichirons notre diversité culturelle en acceptant la Chine dans l’Europe. Je ne le suivrai donc pas.
Accepter la diversité culturelle est une belle démarche : elle consiste à accepter l’autre tel qu’il est. Vouloir la transformer pour l’englober dans nos propres valeurs, comme vous le faite en voulant « accompagner le passage de l’Islam dans la modernité » revient à ne voir l’Islam qu’à travers la caricature qu’en font les media occidentaux, à lui attribuer des valeurs qui ne sont pas les siennes (refus de la modernité) et à renier d’autres dimensions de la modernité que celles que vous défendez. L’extrémisme n’est pas l’islam : je connais des banquiers français de France tout autant extrémistes que l’islam radical (soutenu par l’occident) dans leur conception de la société.
Cela revient aussi à accorder à la Turquie une influence culturelle qu’elle n’a pas sur le monde islamique.
Vous trahissez également l’importance que vous donnez à la nécessité de construire l’Europe sur des valeurs communes puisque vous exprimez vous-même le fait qu’à vous yeux, la Turquie ne partage pas ces valeurs et doit s’y convertir. Je ne pense pas que beaucoup de turcs partagent ce point de votre discours, somme toute très colonial.
« Et voici qu’apparaît une troisième raison d’accepter la Turquie dans l’Union européenne : le développement de la démocratie dans le pays. En effet ce pays, qui ne respecte pas toujours les droits de l’homme et où l’armée a beaucoup trop de pouvoir, se trouvera obligé, s’il veut vraiment entrer dans l’Union, de satisfaire aux critères de Copenhague, donc d’évoluer vers plus de démocratie. » Bigre ! Toute la planète va y passer ! Après la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan, la Chine, le Myanmar et enfin le Viêt-Nam : nous aurons vengé Dien Ben Phu ! Ensuite, on s’occupe de l’Afrique ?
Quant à la question Kurde ! Croire que faire rentrer la Turquie dans l’Europe résoudra ce problème n’est pas sérieux. En quoi la signature d’un parchemin déplacera-t-elle les champs de pétrole ? Le plan américain pour le Moyen-Orient prévoit d’en faire un Etat indépendant, sous contrôle. Le délai de quinze ans à la rentrée de la Turquie dans l’Europe auquel vous faites mention correspond à une échéance à l’issue de laquelle l’occident aura réglé à sa façon la question kurde. Transposez avec l’affaire basque. La France dans l’Europe, oui, mais sans les Pyrénées occidentales qui doivent devenir indépendantes avec Irun comme capitale. Bonjour le respect pour Ankara : nous voulons bien de vous, mais pas de votre province kurde, attribuée aux Américains. De quoi se rendre sympathique, non ? Pensez-vous également que l’Iran et l’Irak accepteront la création de ce nouvel Etat ? Tant qu’elle n’aura pas lieu, le Kurdistan sera le jouet du terrorisme pétrolier. Dès qu’elle aura eu lieu, nous n’aurons plus aucun alliés parmi nos voisins. On va se faire des copains ! Pensez-vous sérieusement que l’entrée de la Turquie dans l’Europe pourra y changer quelque chose ? Il faudrait déjà que l’Europe ait les moyens de résoudre le problème basque !
« Cette intégration permettrait également de régler le conflit gréco-turc autour de Chypre. » Le problème de Chypre, c’est le cuivre. Rien à voir avec l’Europe. Retour à la case Kurdistan.
« En effet, il se trouve qu’un oléoduc est actuellement en construction qui doit relier Bakou, en Azerbaïdjan aux côtes turques, afin d’acheminer vers la Méditerranée le pétrole de la mer Caspienne. » L’oléoduc Bakou-Tbilisi-Ceyhan a été inauguré en juillet 2006.
« Que l’Europe contrôle cet oléoduc serait un moyen pour elle, dans l’avenir, de faire pression sur les Etats-Unis. » Les Etats-Unis poussent à l’intégration de la Turquie dans l’Europe. Cela fait longtemps qu’ils se moquent des pressions européennes.
« Pour parvenir à calmer l’ardeur américaine. » Idem. L’ardeur américaine à pousser la Turquie dans l’Europe annihile votre argumentation.
Faisons les donc choses dans l’ordre et commençons par le commencement. Construisons une Europe forte avec des institutions qui n’accordent pas le pouvoir économique au seul monde bancaire, le pouvoir diplomatique au Département d’Etat et la puissance militaire à l’OTAN. Cela fera plus sérieux sur la scène internationale (et moins rigoler les Iraniens et les Chinois, et cela énervera également moins les Russes.) C’est le premier point du début du commencement.
Nous pourrons ensuite aborder la question de l’entrée de la totalité des Etats issus de l’ancienne Yougoslavie, Bosnie comprise même si cela ne correspond ni à la vision de nos amis d’outre-atlantique ni aux intérêts des banques européennes (qui voudraient bien quant à elles s’approprier l’économie turque - véritable raison de la récente turcophilie ambiante). La Yougoslavie serait un des Etats européens les plus dynamiques si elle n’avait été dynamitée par des intérêts qui lui sont complètement étrangers. Le premier défi international de la construction européenne consiste à affermir son autorité dans sa zone naturelle d’influence avant de récrire l’histoire et la géographie, ce dont elle n’a aucunement les moyens.
L’Europe doit suivre la voie de sa propre construction au lieu de se disperser. Confucius n’aurait rien dit d’autre, et il n’y a pas besoin de faire rentrer la Chine dans l’Europe pour s’enrichir de ses enseignements.
Aidons les pays du Moyen-Orient à créer leur propre zone de paix et de prospérité, travaillons avec eux, participons autant que nous pouvons au règlement du problème kurde, sans rentrer dans ce guêpier dans lequel les Etats-Unis veulent nous piéger.
Tout le reste n’est qu’ingérence, comme le démontre longuement votre article.
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