Peu importe. Philippe Karsenty, directeur de société et candidat malheureux dans la 6e circonscription des Hauts-de-Seine, condamné à un an d’inéligibilité pour défaut de présentation de ses comptes de campagne, apporte en France un exemplaire du film de La Ména et en fait une copie à l’insu de celle-ci, l’exploitant à son profit. Karsenty connaît le sujet : depuis le début de l’affaire, il participe à toutes les manifestations, à toutes les pétitions, à toutes les émissions. C’est un militant convaincu doublé d’un lobbyiste infatigable. Au printemps 2004, il crée une agence de notation des médias, Media-Ratings, et un site Internet, m-r.fr. Véhément, il se positionne désormais en chef de file de la contestation.
Fort du soutien de l’écrivaine américaine Nidra Poller, il tente - non sans succès - d’attirer l’attention de médias néoconservateurs américains. Peut-être espère-t-il aussi lever des fonds aux États-Unis, comme réussit à le faire un universitaire dont il est proche, Richard Landes. Ce spécialiste des peurs millénaristes a saisi le filon et exploite à son tour le film de La Ména, contre la volonté de Shahaf, qui le menace de poursuites...
Le boycott de Charles Enderlin prend de l’ampleur. On accuse même le correspondant de France 2 d’avoir provoqué l’Intifada, voire d’être à l’origine indirecte des attentats du 11 Septembre ! Les sites de dénonciation se multiplient : acmedias.org de Patrick Van Straaten ; Desinfo.com et debriefing.org de Charles Gouz ; Laverite- maintenant.org, animé par le correspondant de La Ména à Paris, Serge Farnel... En 2004, Juffa charge un journaliste du Monde à la retraite, également correspondant de La Ména à Paris, Luc Rosenzweig, d’approcher deux journalistes de renom : Denis Jeambar, directeur de L’Express, et Daniel Leconte, producteur et réalisateur de l’émission « Doc en stock » sur Arte. L’affaire fait long feu : se rendant bientôt compte qu’ils sont piégés et manipulés, Jeambar et Leconte font marche arrière. Ils publient un article en demi-teinte dans Le Figaro du 25janvier 2005, qui ne les exonèrera en rien des dépêches insultantes de La Ména.