• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Signaler un abus

ndididju 17 juillet 2008 13:09

C’est une décision intéressante, et l’on peut remercier le conseil d’état de tenter de mettre un peu les pendules à l’heure, malheureusement je ne pense pas qu’il s’agisse d’une vraie victoire !
Si cette dame fait appel à la cour européenne, cet arrret sera probablement annulé, car il se base sur une pratique religieuse, condamnable et contraire aux valeurs républicaines, certes, mais une pratique religieuse néanmoins tolérée sur le territoire, au moins dans le cadre de la sphère privée, et c’est là que le bât blesse. Pour autant que je sache, le port de la burqa et la pratique, même « radicale », d’une religion n’ont pas à ce jour été mises hors la loi, et pour cause, puisque la loi relative à la séparation des Églises et de l’État dit que « la République assure la liberté de conscience (et) garantit le libre exercice des cultes » (art. 1), et surtout, qu’elle « ne reconnaît, … …. aucun culte » Cela signifie que seuls les actes délictueux peuvent être traités comme tels, mais pas le culte, puisqu’il ne peut être reconnu par la loi. En fait, ici, c’est le mari qui, à la limite, devrait être poursuivi, mais là on se trouve confronté aux problèmes légaux des sectes (elle est majeure et consentante, gnagnagna)…L’autre problème est qu’il faut être à même de distinguer une pratique « normale » d’une pratique « radicale », je souhaite du bon courage à nos législateurs.

Le deuxième point dérangeant dans cet arrêt, c’est qu’il n’assure en rien l’égalité de cette femme face à son mari, ou aux autres prétendant(e)s à la nationalité, contrairement à ce qui est précisé dans l’article 1er de la constitution : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. » Comment faire pour empêcher les intégristes de s’engouffrer dans cette brêche ?

Mais surtout, ce qui me chiffonne le plus, c’est que dans le cas de l’intégrisme, la nationalité n’est pas octroyée, mais qu’en sera-t-il des autres cas ? Qu’est ce qu’une pratique « radicale incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française » ? Que se passe t’il si l’on remplace le mot religion dans l’expression « pratique radicale de sa religion » par, mettons, politique, ou par convictions ou par mode de vie ? Ne dériverions nous pas alors vers un Mccarthisme à la française ? L’anarchisme ou le royalisme ne seraient il pas reconnus comme contraire aux valeurs françaises ? Et franchement, je ne suis vraiment pas sûr qu’un fasciste ou un néo nazi notoirement connu (voire même, qui sait, un dictateur ou son bras droit) se voit un jour refuser la nationalité française sur la base de ses convictions ou de son passé et cela induit ici une différence de traitement qui serait tout simplement scandaleuse.

Enfin, même si j’approuve la décision, façon de donner un message ferme aux intégristes, celle-ci n’aura à mon avis que peu d’impact au final, car sans compter la future condamnation probable de la cour européenne, il suffira aux extrémistes de jouer un peu plus la comédie et travestir la réalité pour obtenir la nationalité souhaitée, tout en continuant leurs pratiques scandaleuses et en formatant à leur doctrine leurs enfants, futurs citoyens. Bref, un joli cocorico, mais on a toujours les pieds dans le fumier, car le vrai problème n’est en rien résolu, loin de là.



Palmarès