Au Gaulois,
le petit bilan comptable (rapport BdF 2007) que je donne, est parcellaire, bien sûr, mais la conclusion ne change pas, qualitativement, si on prend en compte l’impôt sur les banques privées. Au-delà des chiffres que je cite directement, le calcul est d’ailleurs assez grossier.
Mettons que les banques domiciliées en France aient tiré 60 milliards d’€ en un an d’intérêts sur de la monnaie scripturale (qu’elles ont créé). Enlevez les impôts de toutes natures, les frais de fonctionnement, les investissements pour l’année à venir, ... il reste un dividende copieux. Sur lesquels les actionnaires sont (en principe, tous également) imposés. Il reste un profit net. Si, en moyenne, la banque n’était pas une activité lucrative, ça se saurait, ça se verrait ; on ne verrait pas de banques côtées en bourse, encore moins des résultats mirobolants comme on l’a vu des années durant. Or, l’essentiel des profits des banques vient évidemment du crédit : c’est leur métier.
Ce qui veut dire, si on s’en tient au bilan comptable, que la banque est une entreprise lucrative comme les autres, et que la perception d’intérêts sur la monnaie qu’elles créent n’est pas un phénomène plus odieux que n’importe quel rente, a priori. C’est ce que J.-M. Harribey, actuel co-président d’ATTAC France, nous avait répondu, un jour, à Étienne Chouard ety à moi-même. Au passage, il avait également écrit, dans un message dont j’étais un des destinataires : "S’il y a un point qui ne fait pas débat parmi les économistes, c’est que les banques créent de la monnaie. Et elles le font par le mécanisme du crédit bancaire".
Par ailleurs, il n’y a pas de raison - a priori - de penser que les banques engendrent des investissements moins productifs, plus de spéculation, que la moyenne des rentiers : ça, c’est une autre affaire. En fait, comme l’a montré F. Morin (Le nouveau mur de l’argent) quelques dizaines de grandes banques au monde concentrent un pouvoir spéculatif énorme, par la possession (la concentration des captitaux) de presque tous les gros fonds spéculatifs, par les marchés organisés des dérivés, par la concentration de pouvoir de spéculation sur les changes, ...
Mais la question est loin de se résumer par un bilan comptable. Et mon message, bien sûr, ne vise pas à dire qu’il faut abolir le crédit bancaire. C’est en soi, un service très utile, adaptable aux besoins particuliers, ... La question est hors de cet aspect de service personnalisé.
Une première anomalie vient du fait que les profits des banques soient proportionnels (à peu près) au volume des crédits qu’elles allouent. ; cela n’a aucune justification.
Une deuxième est que les élus n’ont plus aucun moyen de décider ni du volume de création monétaire (très important, même au présent) ni, surtout, en détail des taux d’intérêt, taux de réserves obligatoires, ... selon l’utilité publique des investissements. En particulier, des rentiers empruntent massivement pour spéculer en bourse, et quand ces flots de demande y arrivent en permanence, la valeur des actifs grimpe, et tout ça fait gonfler des bulles improductives, qui tyrannisent les salariés par management interposé et mise en concurrence brutale à tous niveaux, pillent les boites de leurs richesses réelles (savoirs faire), cassent tout pour tirer des bénéfices à court terme qui font grimper d’autres bulles. Suite à quoi, l’équation néolibérale, de l’autre côté, se charge de contraindre à tout privatiser : l’État est endetté, il récupère toutes sortes d’externalités, éponge, et puis il est condamné à baisser les impôts des riches, dans l’espoir que le privé investisse de manière improductive. En tous cas, les citoyens, par les élections, ne décident plus de rien, et les priorités d’investissement sont sans rapport avec celles des besoins.
Que les crédits soient aloués pour l’achat de biens de consommation divers, pour des investissements dans des entreprises ou pour l’achat de logements ne change pas grand chose à l’affaire, la question est de savoir pourquoi les intérêts, quelle utilité a l’investissement, à qui les intérêts, et quel contrôle le souverain légitime a en la matière.
Il y a un principe gravé dans la Déclaration de 1789, qui est que les citoyens doivent pouvoir décider de l’impôt, de son montant et de son assiette, qu’ils consentent l’impôt, et que l’impôt doit être payé par chacun selon ses facultés. Si l’État s’est condamné à choisir entre tout privatiser peu à peu et résorber une dette dont 40 milliards (2/3) d’accroissement anuel de service sont des intérets, et si l’État a ôté le pouvoir aux élus de revenir là-dessus, on ne peut pas dire que les citoyens consentent à l’impôt, en déterminent l’assiette, la répartition, et que toute loi adoptée un jour doit pouvoir être modifiée ou abroger ensuite. Au présent, cela ne peut se faire, pourtant, qu’en menaçant sérieusement de quitter l’UE. De même, s’agissant de la clause qui impose une totale liberté de circulation internationale des capitaux, notamment.
C’est tout à fait impossible, aussi, de mettre en oeuvre ces principes si, l’économie étant "globalisée", elle est illisible, fait passer 50% des capitaux par des paradis fiscaux. Et si les élus, par exemple, ne peuvent pas décider des réserves obligatoires imposées aux banques selon l’utilité des investissements, utilité publique au sens de reconnue par les citoyens. On ne détermine plus souveraionement l’assiette, au mieux on bricole. On fait d’ailleurs, depuis longtemps, des impôts sur les entreprises, mais leur taux n’est pas du tout indexé sur les inégalités individuelles (salariales ; rapports dividendes / masse salariale, ...) qu’elles mettent en jeu. La comparaison du total des recettes et de l’impôt sur les revenus des personnes physiques le montre bien : l’État qui impose a face à lui une masse de personnes "morales", qu’il ne peut imposer qu’aveuglément, sans considération ni des inégalités individuelles ni de l’utilité publics des investissements. Bref, on est réduit à faire avec l’absurde théorie du ruissellement : donnez aux riches, qui sont potentiellement des rentiers autant que des patrons au sens noble ou des possesseurs de biens qui en jouissent vraiment, laissez les rentiers s’enrichir en dormant, et là seulement l’État et les pauvres auront des miettes.
Le problème majeur est :
* le fait que les pouvoirs publics n’ont plus accès à la création monétaire pour réaliser des investissements publics, alors qu’on en créée copieusement, de la monnaie
* la formidable concentration, au mains de personnes privées, du pouvoir d’octroyer des crédits
* l’impossibilité, pour les élus, de contrôle les bulles spéulatives
* que le flot de monnaie superflue est le moteur n°1 d’un mécanisme global qui condamne le marché à s’accroitre toujours plus. A l’autre bout, comme disait Arendt, ça fait des individus rendus superflus. Ca fait aussi la base du colonialisme économique, lequel engendre l’impérialisme, lequel détruit les constitutions et ouvre la porte au totalitarisme. Après 1929, ce furent les années 1930. Voilà où nous en sommes revenus.
Voilà, j’ai préféré répondre avec un tableau assez global, parce que je ne pense pas, sérieusement, qu’on puisse découpler ces questions.
Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Ubuntu, PHP, MySQL, CKEditor.
Site hébergé par la Fondation Agoravox
A propos / Contact / Mentions légales / Cookies et données personnelles / Charte de modération

