@Argoul,
Votre article tend à reprendre des critiques émises, par certains économistes, depuis plus de trente ans.
Pour exemple, nous pouvons citer, en relation avec le battement d’aile de papillon, Georgescu Roegen, père fondateur de l’économie thermodynamique qui émettait fort justement la critique de la symétrie temporelle inhérente aux modélisations mathématiques de l’économie.
Vous levez aussi, me semble-t-il, l’un des points fortement contesté par les sciences humaines concernant certaines hypothèses économiques ; la raison pure étant liée à une rationalité humaine perpétuelle. Comme le soulignait Sanders Peirce, si l’homme peut être rationnel, il peut aussi être irrationel.
La protoscience économique ne se préoccupant que des comportements rationnelles, elle occulte donc les comportements irrationnels des acteurs économiques.
C’est là l’un des points d’achopement entre la modélisation et la pratique. Un économiste pourrait très bien vous retourner que le modèle économique n’a nul besoin d’être remis en question puisque l’une des hypothèses de la modélisation exclut la prise en compte des comportements irrationnels. Même si dans la réalité vous avez raison, vis-à-vis de la théorie, votre remarque est irrecevable.
L’économie ne se préoccupe plus des évolutions des autres sciences de l’homme, que cela soit l’anthropologie, les neurosciences, ... depuis Friedman et Becker qui ont rejeté les autres sciences humaines en dehors de la sphère économique ; leur assurant une totale autonomie dans un domaine où ils ont peu de compétence.
Il me semble constater un certain désanchantement du rationalisme dans votre propos, ce qui rejoindrait les penseurs de l’école allemande comme Weber, Otto-Apel, Habermas. Mais n’est-ce pas, à l’origine, cette autonomie des sphères de la science et de la technique qui nous ont conduit à ce désanchantement ?