Vous avez vu le souk qu’il a mis ces jours-ci à New York en exigeant des sanctions à l’encontre des affairistes qui ont planté le crédit, (...)
« Nous devons nous interroger sur nos responsabilités. Aujourd’hui, des millions de gens à travers le monde ont peur pour leurs économies, pour leur appartement, pour l’épargne qu’ils ont mise dans les banques. Notre devoir est de leur apporter des réponses claires. Qui est responsable du désastre ? Que ceux qui sont responsables soient sanctionnés et rendent des comptes ».
Quel souffle ! Quelle vertueuse indignation ! On y croirait presque n’était le fait d’évidence qu’aucun homme d’Etat français ne risque jamais de contraindre les Américains à appliquer chez eux quelque mesure que ce soit, surtout de celles qu’il se garde bien par ailleurs de prendre chez lui.
Une chose me frappe à la lecture de ce passage et de cette plaidoirie politiquement correcte (pléonasme ?).
Je suis tout à fait d’accord avec vous sur l’idée qu’aucune mesure ne sera naturellement prise contre ces gens-là. En tout cas pas par celui qui les pointe du doigt. Mais ce qui me frappe, c’est que dans ce passage, on peut remplacer "affairiste" par à peu près n’importe quel mot désignant de manière flou un groupe de personnes plus ou moins hétérogène, dont la seule identicité est le mot qui les désigne, mais ne les définit absolument pas.
Remplaçons par exemple ce mot par "chômeur", par "fraudeur" ou par "méchant" ou "enculé" et on a un exemple typique d’une façon de désigner des gens sans les désigner.
C’est ainsi que l’on peut s’en prendre à tout le monde, à n’importe qui et à personne, en se donnant des airs de pseudo Robin des bois que rien n’engage... Cela colle tout à fait avec le monde déreponsabilisé dans lequel nous vivons, où finalement personne n’est quelqu’un dans le sens que les responsabilités ne sont assumées par personne en particulier... On peut donc à loisirs fustiger les "affairistes", les "escrocs", et les "profiteurs", puisqu’à l’arrivée en fait, on ne vise personne. Il n’y a donc aucun risque de conflit, de procès, et par delà, aucun risque de changer les choses et d’épingler réellement (pas de cette façon là, en tout cas) les véritables coupables de ce genre de situation, les "parasites" qui tirent leur parti de la situation, ni vus ni connus, avec des risques minimes, voire quasi-inexistants.
Tout ce que fait Sarko, c’est jouer sur le même registre : ne prendre aucun risque en attaquant personne en réalité. Sauf qu’en plus, il se donne le beau rôle...