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Krokodilo 20 décembre 2008 09:57
Krokodilo

Docdory,
Etant moi-même plutôt nul à l’oral, je plaiderai qu’il en est peut-être de même des gens que tu as vus s’exprimer dans un sabir de français ! Nombre d’écrivains sont mal à l’aise devant la caméra, c’est presque un cliché. Quant aux jeunes générations, c’est sûr que l’image, télé ou Internet, y tient une place énorme ; pourtant, il ne faut pas désespérer. Par exemple, le nombre de gens qui s’expriment en français a notablement augmenté avec les phénomènes blogues et journalisme citoyen ; AVox a un auteur de 13 ans ! Autre exemple, Amélie Nothomb, dont la plume est superbe et raffinée, a un lectorat de tous âges, dont beaucoup de jeunes.
Mais effectivement, ce n’est pas demain que mes enfants liront Les Misérables en intégrale (d’ailleurs un peu longuet, la révolution...)

Concernant l’espéranto :
« Néanmoins, le propre d’une langue vivante est d’apparaître par modification d’une langue plus ancienne ou par créolisation de deux ou plusieurs langues, (...) »
Jusque là, ça correspond presque, puisque c’est une synthèse à partir de plusieurs langues, comme tu le dis plus loin.

« (...) d’évoluer , de tomber malade ( c’est le cas , malheureusement, du français à l’heure actuelle ) , et éventuellement de disparaître. »
Evoluer, c’est aussi le cas, car si Zamenhof a imaginé les bases de la langue, il a lui-même dit qu’il n’en était « que » l’initiateur, qu’elle évoluerait et ne vivrait que si les locuteurs la faisaient vivre et évoluer. Pour ce qui est de tomber malade, d’après moi ça va. Quant à disparaître, si la définition de ce qui vit, c’est d’évoluer, mourir en fait partie, qu’il s’agisse d’anglais, de français ou d’Eo, donc je passe.

« Le problème de l’esperanto est qu’il n’est pas réellement vivant en ce sens que , comme langue de synthèse , il n’est pas le résultat d’une évolution , et donc d’une sorte de sélection naturelle linguistique , qu’il ne peut par définition pas évoluer localement , sauf à devenir incompréhensible par certains de ses locuteurs , ce qui irait à l’encontre du but recherché d’une langue universelle . Néanmoins , la fixité de cette langue empêche l’évolution d’agir sur elle , et donc empêche son amélioration et par conséquent diminue sa compétitivité ! »

Il n’est pas une langue morte, je pense que tu es d’accord au vu des quelques discussions après certains articles et des éléments apportés (locuteurs, radios, rencontres, traductions, etc.), mais il ne serait pas vivant non plus ? Ah, c’est embêtant, qu’est-il donc ?
Il est justement quelque chose d’entièrement nouveau, révolutionnaire, dont la portée est sous-estimée comme pour toutes les grandes nouveautés (les « inventeurs » d’Hélicobacter Pylori ont dû aller jusqu’à l’ingérer et se provoquer un ulcère, puis guérir, pour convaincre leurs collègues incrédules, et ce n’était pas du temps de l’obscurantisme, mais hier), à savoir une langue construite, et construite pour être un outil simple et maniable.

Si j’ai bien compris, ta principale critique est justement cette supposée non-évolutivité.
Je dirais plutôt que l’espéranto est stable, son noyau grammatical et lexical s’est montré remarquablement stable malgré un usage certes limité à deux petits millions, mais répartis sur tous les continents et sur un siècle, ce qui aurait dû logiquement, malgré le faible nombre de gens concernés, entraîner une dialectisation marquée. Or, il n’en a rien été : la stabilité de sa structure est certaine.
Mais stable ne veut pas dire figé : l’Eo a tout à fait su et pu créer tous les termes actuels, en informatique par exemple : Interreto (Internet : inter = entre, reto = filet, rêts), retpoŝto (courriel : reto, filet ou diminutif d’Internet, poŝto, poste), paĝaro (site Internet, paĝo = page, aro = suffixe désignant « un ensemble de », ensemble des pages en qq sorte), etc.

Ou alors des exemples médicaux ? Le vocabulaire médical accuse un peu de retard puisqu’il n’est pas utilisé au quotidien(moins d’ailleurs qu’en suédois, breton ou beaucoup d’autres langues). Je participe à l’actualisation de celui-ci et j’ai vu qu’en fait, créer des mots nouveaux n’est pas le problème, il avait suffi dans le passé d’ajouter des racines déjà médicales (latin-grec) ; en fait nous cherchons plutôt à diminuer le nombre de racines médicales pour rester dans l’esprit de l’Eo, utiliser le plus possible les ressources lexicales par la dérivation à l’aide des affixes ou de mots composés. C’est exactement la même chose en français : mieux valait créer courriel à partir de courrier, ou partagiciel à partir de partage et logiciel, etc, qu’adopter mail, joli mais de sonorité complètement anglosaxonne.
Par exemple, pour tout ce qui concerne l’utérus, il y avait trois racines différentes déjà plus ou moins admises à mesure, uter-, huster-(hystérectomie), metr-, ce qui n’est pas dans l’esprit de l’Eo, alors on a privilégié la plus répandue, uter-. Il est plus difficile de maintenir une certaine unité et simplicité dans le vocabulaire technique que de l’accroître en intégrant sans cesse de nouvelles racines, ce qui tôt ou tard crée des problèmes.
Si tu veux jeter un œil sur le vocabulaire médical (cliquer sur « page principale du dictionnaire »)
http://vortareto.free.fr/
La page « réponse à quelques. ; » propose des réponses à de nombreuses critiques.

En gros, tu lui reproches de ne pas être pareil que les langues naturelles, alors même qu’il a été conçu pour être différent ! Plus régulier, plus stable, plus souple (pour s’adapter aux locuteurs de différentes langues), beaucoup moins d’idiotismes (quelques-uns quand même).
Je suis donc d’accord que l’Eo est très différent des langues naturelles, c’est étudié pour, comme disait Fernand Raynaud. Et s’il ne semble pas aussi vivant que les langues naturelles, c’est surtout à mon avis parce qu’il est peu répandu, et de plus éparpillé.




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