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Voltaire 6 février 2009 13:41
Voltaire

Que retenir de l’intervention du chef de lEtat ?

Sur la forme, effectivement, rien de bien neuf. Mais peut-on sérieusement demander à une personne de changer sa personnalité ? Mr Sarkozy n’a pas changé entre 2004 et 2009. Difficile de lui reprocher maintenant son attitude, car elle n’est pas nouvelle.

Le fond est bien sûr le plus important, car c’est bien sur celui-ci que l’on peut, en tant qu’électeur et citoyen, juger de celui qui préside le pays.

Côté positif, il a réaffirmé la nécesité de lutter contre la crise par l’investissement, et non la consommation. Economiquement parlant, c’est justifié, et les demande de certains partis de gauche à ce sujet sont soit démagogiques soit dangereuses.
Toujours sur ce sujet, le chef de l’Etat a reconnu qu’il était nécessaire de tenir compte de l’impact de la crise sur les plus fragiles, et certaines pistes proposées sont intéressantes (par exemple au niveau des indemnisations du chômage partiel, ou du niveau des prestations familiales). Seul bémol, un montant très insuffisant (1.4 milliards), et donc sans impact...

Côté négatif, hélas, la liste est longue, trop pour qu’elle soit ici exhaustive.

Tout d’abord, si l’action du gouvernement doit bien se concentrer sur l’investissement, il faut regretter que celui proposé soit à la fois insuffisant, mal coordonné au niveau Européen, et mal ciblé.

Ensuite, le gros, l’enorme point noir de cette intervention : les mesures fiscales proposées. Non seulement le président ne reconnais toujours pas l’inutilité voire la nocivité de son paquet fiscal de 2007, mais il propose deux mesures irresponsables : faire disparaitre la taxe professionnelle (TP) dès 2010, et supprimer la première tranche de l’impôt sur le revenu. Non pas que ces mesures soient mauvaises en elles-mêmes, mais elles sont totalement inenvisageable à court terme, en période de crise.

La TP représente entre 10 et 25 milliards d’euros par an, selon les estimations, et surtout environ la moitié des recettes des collectivités locales. Si il s’agit effectivement d’un handicap pour les entreprises, cette taxe est néanmoins bien intégrée dans leur fonctionnement, et il existe d’autres taxes, différentes, dans d’autres pays (la France n’est pas le pays qui taxe le plus ses entreprises, le problème est surtout au niveau des cotisations sociales). En revanche, le bénéfice pour les collectivités est très important : il constitue une recette propre, et donc ajustable pour celles-ci. Et elle encourage ces collectivités à oeuvrer activement pour attirer des entreprises et favoriser leur maintien, et par cela favorise l’emploi local. Ces actions permettent souvent de juger de la performance des équipes municipales, même si elle entraine une compétition entre collectivités. Et bien sûr, le point saillant : par quoi la remplacer ? comment trouver un mécanisme qui permette un remboursement égal à celle-ci pour toutes les collectivités ? car il faut bien que ces colectivités équilibrent leur budget. Comment individualiser le mécanisme de reemplacement ? On le voit, aucune des pistes suggérées par le président n’est satisfaisante. Une telle mesure ne peut qu’être entreprise sur la durée, progressivement, en analysant des problèmes avec les acteurs concernés, et en appliquant les mesures de remplacement petit à petit afion de vérifier l’absence d’effets pervers. Proposer la fin de la TP en 2010, sans mécanisme validé de remplacement, signifie soit alourdir encore une dette et un déficit déjà insoutenables, soit de nouvelles taxes pour les français.

Il en va de même pour la supression de la première tranche de l’IR : où trouver l’argent, et pourquoi rendre cet impôt encore plus inégalitaire (quand on connait toutes les méthodes pour y échapper qui bénéficient surtout aux classes aisées).

Pour le reste, le chef de l’Etat s’est habilement débarassé de la patate chaude des mesures de soutien à l’emploi vers les partenaires sociaux, qui n’ont aucune marge de manoeuvre. En droit, on appellerait sans doute cela une manoeuvre dilatoire...

Bref, les rares vraies annonces sont irresponsables, même si certaines pistes méritent d’être explorées. Un bilan globalement négatif comme dirait l’autre...



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